Victor Hugo à Juliette Drouet

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Cinquante ans à s’aimer, cinquante ans à s’écrire. Amour ou dévotion ? Je me demande comment une passion d’une telle intensité a perduré. Comment s’est-elle inscrite dans le marbre, comment s’est-elle soudée dans l’amour et les épreuves et comment s’est-elle imposée comme une évidence, aux yeux de tous ?

Juliette, un prénom prédestiné

Juliette Drouet, née Gauvin, voit le jour le 10 avril 1806. Devenue orpheline alors qu’elle n’est qu’un bébé, elle grandit au couvent de Fougères, puis chez son oncle, dont elle prend le patronyme comme nom de scène à l’âge de 19 ans. Son amant et artiste sculpteur, James Pradier, dont elle est la muse et la mère de leur fille, la pousse à devenir comédienne.

Talentueuse et délicate, dotée d’une extrême beauté, elle est courtisée et multiplie les amants qui lui assurent une vie publique et un confort matériel certain. C’est en 1833 que Victor Hugo la remarque au théâtre, alors qu’elle se produit dans Lucrèce Borgia. Il a alors 31 ans. Déjà célèbre pour son œuvre et ses actions politiques, et marié à Adèle Foucher avec laquelle il a cinq enfants. Il tombe en amour pour Juliette à qui il demande de renoncer tout autant à ses amants qu’à sa carrière.

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Juliette Drouet – 1832 – Portrait de Léon Noël

Par amour, voire par dévotion, elle quitte tout et consacre les cinquante années qui suivent à l’aimer, le soutenir, le protéger et le consoler. Ayant tous deux perdu un enfant, ils sont liés tant par l’amour que par le chagrin. Ils s’échangent 23 650 lettres en cinquante ans !

Juliette, la protectrice de l’œuvre et du génie

En décembre 1851, Hugo est menacé d’arrestation et de peine de mort, après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Juliette lui fait connaître un ouvrier typographe qui lui offre son passeport. Elle le fait ensuite héberger en cachette. Il connaît l’exil sous le nom d’emprunt de Lanvin.

Sa maîtresse le suit dans son exil dans les îles anglo-normandes et l’accompagne dans son quotidien. Elle le seconde dans ses recherches de documentations et devient la gardienne de ses œuvres. Lors de cet éloignement, il écrit deux de ses ouvrages majeurs : Les Châtiments et Les Misérables.

En 1860, Victor Hugo lui dédicace les épreuves de La Légende des siècles et lui rend un hommage appuyé : « Si je n’ai pas été pris et, par conséquent, fusillé, si je suis vivant à cette heure, je le dois à Mme Juliette Drouet qui, au péril de sa propre liberté et de sa propre vie, m’a préservé de tous les pièges, a veillé sur moi sans relâche, m’a trouvé des asiles sûrs et m’a sauvé, avec quelle admirable intelligence, avec quel zèle, avec quelle héroïque bravoure, Dieu le sait et l’en récompensera ! ».

Juju et Toto

Mais oui ! On peut être le couple le plus mythique du XIX° siècle et s’aimer aussi simplement que deux adolescents candides ! Lui l’appelant « ma Juju », elle, le nommant « mon Toto ». Elle et il se le disaient, se l’écrivaient, inlassablement.

« Je vous aime, mon pauvre ange, vous le savez bien, et pourtant vous voulez que je vous l’écrive. Vous avez raison. Il faut s’aimer, et puis il faut se le dire, et puis il faut se l’écrire, et puis il faut se baiser sur la bouche, sur les yeux, et ailleurs. […]  Vous voyez bien, Juliette, que je vous aime de toute mon âme. Vous avez l’air jeune comme un enfant, et l’air sage comme une mère aussi je vous enveloppe de tous ces amours-là à la fois. Baisez-moi, belle Juju ! ».

Toute sa vie, l’auteur des Misérables a un rapport quelque peu généreux aux femmes. Il continue de séduire de nombreuses maîtresses, tout en restant marié à Adèle et l’amant de Juliette. Aimer les femmes ? Les collectionner ? Je m’interroge sur la misogynie de l’homme, bien qu’il faille le replacer dans son contexte. Mais je ne résiste pas à rappeler la phrase qu’il écrivit à propos de son épouse (qu’il se sera vanté d’avoir bibliquement honorée neuf fois lors de leur nuit de noces) : « L’homme a reçu de la nature une clef avec laquelle il remonte sa femme toutes les vingt-quatre heures ». No comment !

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Tombe de Juliette Drouet – Cimetière de Saint-Mandé (Val-de-Marne)

Victor Hugo n’eut pas le courage d’assister aux obsèques de Juliette Drouet. Mais ses mots l’accompagnent jusque dans sa tombe, gravés sur la stèle depuis le 11 mai 1883 : « Quand je ne serai plus qu’une cendre glacée, quand mes yeux fatigués seront fermés au jour, dis-toi, si dans ton cœur ma mémoire est fixée, le monde a sa pensée, moi j’avais son amour». Il ne lui survivra que deux années de plus.

Clin d’œil aux Castelbriantais

La mère de Victor Hugo, Sophie Trébuchet, née à Nantes, résida à Châteaubriant chez l’une de ses tantes, 24 rue de Couëré, dans ce qui est devenu aujourd’hui la Maison de l’Ange.

Victor Hugo à Juliette Drouet, un épisode du podcast de Barbara G. Derivière, Correspondances, sur radio-chateaubriant.com, chaque semaine.

Crédits musiques : Calisson et Lonely Stairwell

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