Maurice à Georgette : paroles de Poilus

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La guerre 14-18 constitue un massacre d’une ampleur sans précédent, de 9 à 10 millions de morts. Au fond des tranchées, l’air est irrespirable et l’espoir anéanti, tant les conditions de vie des soldats sont atroces. Seules les correspondances, et l’attente d’une lettre, adoucissent leur enfer. Parmi eux, deux anonymes accrochés l’un à l’autre, avec pour seule espérance, survivre au combat et se retrouver…Maurice à Georgette : paroles de Poilus.

Dans l’enfer des tranchées

L’intensité de la Première Guerre mondiale fut telle que 10 % des soldats furent tués, contre 4,5 % lors de la Seconde Guerre mondiale. Le niveau de pertes atteignit 56 %, en additionnant les morts et les blessés. À cause de la boue, des rats, des poux, de la proximité des cadavres amis et ennemis, l’air vicié des abris, les gaz chimiques… La (sur)vie dans les tranchées de 1914-1918 était particulièrement difficile. Cela a provoqué de nombreuses séquelles psychologiques et sanitaires pour les soldats de la « Grande Guerre ».

Des blessures relativement légères pouvaient provoquer la mort si elles s’infectaient ou si la gangrène s’installait. Les éclats d’obus multipliaient les risques d’infection en souillant la plaie. Le souffle des explosions provoquait souvent des blessures. De plus, le bombardement incessant et la peur d’être mutilé pouvaient induire chez certains soldats des troubles psychologiques alors qualifiés d’obusite mais que l’on assimile aujourd’hui au trouble de stress post-traumatique.

Comme dans beaucoup d’autres guerres, les maladies prélevèrent un lourd tribut parmi les soldats. Les conditions sanitaires dans les tranchées étaient plutôt mauvaises, d’où les cas de dysenterie, de typhus et de choléra. De nombreux soldats souffraient des maladies véhiculées par les parasites comme les poux. L’autre danger était l’hypothermie car les températures pouvaient descendre bien en dessous de zéro durant l’hiver.

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Tranchée britannique – 1916 – Source Wikipédia.

Les marraines de guerre

L’expression marraine de guerre désigne les femmes ou les jeunes filles qui entretiennent des correspondances avec des soldats au front durant la Première Guerre mondiale afin de les soutenir moralement, psychologiquement voire affectivement. Cette institution est créée en 1915.

Il s’agissait de réconforter des soldats livrés à eux-mêmes, ayant par exemple perdu leur famille. La marraine de guerre faisait parvenir des lettres à son soldat mais pouvait également envoyer des colis, des cadeaux, des photographies. Cette institution populaire a laissé un souvenir marquant qui explique sa réapparition en 1939 lors de la Seconde Guerre mondiale.

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Brevet de marraine illustré par Victor Descaves, 1916. Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux.

Cinq millions de correspondances

Comme le raconte Laurent Albaret (dans son livre La Poste pendant la première guerre mondiale), en août 1914, l’administration des Postes n’est pas prête pour un tel conflit et au fait que le soldat mobilisé, désormais éduqué par l’école de Jules Ferry, puisse écrire autant ! Rapidement, le courrier s’entasse dans les dépôts et les cours des casernes.

Les familles angoissées sont sans nouvelles du père, du frère ou du fils parti au front alors que l’on sait progressivement que les pertes humaines des premiers jours sont terribles. La direction des Postes prend rapidement conscience de ce chaos. Amplifié par la franchise postale (envoi du courrier sans affranchissement accordée aux familles et aux soldats).

Le grand réformateur de la Poste aux Armées, l’inspecteur général Alphonse Marty, joue alors un rôle crucial dans la réorganisation des acheminements, notamment avec l’ouverture d’un bureau central militaire à Paris prépondérant dans le circuit du courrier. Dès lors, la ligne de vie souvent évoquée se créée, et ce dès la fin de l’année 1914.

Durant le conflit, cinq millions de correspondances sont postées chaque jour vers l’arrière et plus de quatre milliards de lettres et de cartes postales seront acheminées par la Poste durant toute la durée du conflit.

Les vaguemestres

Deux personnages apportent du réconfort au soldat sur le front : le cuisinier, qui lui remplit l’estomac, et le vaguemestre, qui lui apporte des nouvelles des siens. Et parfois, quelques douceurs par un colis nourricier ou par un mandat-poste sonnant et trébuchant. Les témoignages publiés après la guerre ou la correspondance des poilus, parle du vaguemestre comme un ami du soldat.

Chaque jour, on l’attend et on le guette, on se réjouit du courrier qu’il vous apporte ou on le maudit de ne pas en avoir reçu. Dans un courrier de mai 1917, un officier écrit : « La correspondance est un objet de première nécessité qui se place, dans l’échelle des valeurs, entre le pain et le pinard ».

Quand le courrier n’arrive pas, notamment sur les premières lignes, la déception des soldats est palpable, les officiers en sont conscients et font remonter cette réalité aux états-majors.

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Vaguemestre dans les tranchées – 1916

Mathurin Méheut, l’artiste combattant

Fils d’un artisan lamballais, Méheut manifeste très tôt des dons artistiques et sort à 20 ans, brillamment diplômé de l’école des Beaux Arts de Rennes. Il part au Japon en 1914 avec la bourse Autour du monde financée par la fondation Albert Kahn.

Au Japon, il trouve la confirmation de ses choix iconographiques, telle la représentation de l’essentiel avec un minimum de moyens. Son séjour est interrompu par la mobilisation générale.

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Mathurin Méheut au Japon – 1913

D’abord simple fantassin dans les tranchées, Mahurin Méheut est nommé lieutenant en 1917 et attaché au service topographique de l’état-major de la 1ère armée. Peintre combattant sur le front d’Artois et en Argonne, il dessine la vie quotidienne de ses pairs. Le crayon ou le pinceau toujours à la main, il rapporte une quantité de documents sur cette période.

Une partie importante de ses œuvres est à découvrir au Musée Mathurin Méheut à Lamballe (Côtes-d’Amor – Bretagne). Le musée rouvrira le 10 avril 2021 avec un parcours renouvelé de l’exposition : «Mathurin Méheut en toutes lettres».

Ces lettres d’anonymes

La lettre lue dans ce podcast est extraite de Paroles de Poilus, Lettres et carnets du front 1914-1918. Maurice Drans avait 23 ans en 1914. Né à Fresnay-sur-Sarthe, fils de commerçants, il avait fait ses études au Mans. Versé dans le 262ème régiment d’infanterie, Maurice fit, lors d’une permission, la connaissance de Georgette Clabault, une jeune orpheline avec laquelle il se fiança en 1916. Blessé trois fois pendant la guerre, Maurice épousa Georgette, mais leur couple ne dura pas. Comme tant d’autres, Maurice devint instable et bohème. Il exerça mille et un métiers. Il resta toute sa vie homme de lettres et obsédé d’écriture.

Maurice à Georgette : paroles de Poilus, le sixième épisode du podcast hebdomadaire de Barbara G. Derivière, Correspondances, sur radio-chateaubriant.com

Musiques : Calisson et Edvard Grieg: Peer Gynt Suite No.1 (extraits).

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17 commentaires
  • Trés bonne lecture une vrai lecon de vie sur l ‘amour et le courage pendant la guerre que des centaines d ‘entre nous ont vécu .
    La voix nous transperce et nous emporte avec le son du piano derrière , c’est magique .

  • Texte magnifique sur la transcendance ,intermittente , de l amour et de l écriture sur la réalité féroce de la guerre. Texte superbement servi par une voix envoûtante et des arrangements musicaux et sonores du tonnerre de feu !
    On en redemande . …

    • Merci Marie pour votre commentaire. Je suis ravie que l’émission vous plaise. Rendez-vous dimanche prochain pour une autre lecture. Bien cordialement. Barbara

    • Merci. L’émotion est bien ce que je cherche à susciter chez les auditeur.trice.s.
      Alors à dimanche prochain pour l’épisode suivant ? 🙂

  • Une fois encore, un texte magnifique et la voix chaude de Barbara qui rend si bien toutes les émotions, qui sublime cette lettre poignante. Merci beaucoup !

    • Merci Sophie pour ce commentaire. Je suis heureuse que l’émission vous plaise. Rendez-vous dimanche pour le prochain épisode ? 😉

  • Mon grand père Eugène, qui a vécu dans la boue de ces tranchées pendant cinq ans, s’est marié avec sa marraine de guerre, Georgette (!) à la sortie de la guerre. Dans sa correspondance avec elle, il ne parle pas de sa vie de soldat. Bien plus tard, alors que je côtoyais ce grand-père presque journellement, il ne m’en a parlé qu’une seule fois, de ce monde de terreur. Ce jour là, il m’avait expliqué qu’il n’aimait pas évoquer cette période de sa vie. Car immédiatement, les souvenirs le submergeaient et il en perdait le sommeil.

    • Quel bouleversant témoignage. Quand on lit l’intégralité de la lettre de Maurice Drans, on comprend pourquoi beaucoup de soldats n’ont jamais évoqué leurs souvenirs de guerre.
      Et en faisant des recherches pour cet article, j’ai lu les lettres que Jean Giono envoyait à ses parents depuis les tranchées. Il avait à cœur de les rassurer et n’annonçait que les bonnes nouvelles. Alors que plus tard, dans Refus d’obéissance, la réalité qu’il décrit témoigne de cette horreur et absurdité de la guerre. Merci infiniment pour votre commentaire.

    • En effet, ce recueil, Paroles de Poilus, témoigne de cette puissance à travers les mots. Les émotions y sont palpables. Merci pour votre commentaire.

    • Merci pour ce commentaire. Je suis d’accord, une beâme que ce Mautice ! À dimanche pour le prochainpodcast…bien amicalement. Barbara

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