Les Lions de Jean de Montfort

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Les Lions de Jean de Montfort. Un podcast de Gildas Salaün, spécialiste des monnaies.

« La guerre de Succession de Bretagne a ensanglanté le duché pendant presque 25 ans, entre 1341 et 1364-1365 pour être exact. Il y avait deux opposants pour prendre la succession de Jean III, dernier représentant de la famille de Dreux. D’un côté Charles de Blois, soutenu par le Roi de France ; de l’autre côté Jean de Montfort, soutenu par le roi d’Angleterre. À l’issue de la bataille d’Auray, en 1364, Charles de Blois est tué et le parti de Blois ne résiste pas très longtemps, puisqu’en 1365, est signé le traité de Guérande, qui met fin à la guerre et qui reconnaît Jean de Montfort comme Duc de Bretagne.

Jean de Montfort avait comme symbole héraldique familial, j’ai presque envie de dire comme animal totem, un lion, mais pas n’importe quel lion. C’était un lion griffu, on voit très bien ses griffes sur ses représentations, mais surtout une double queue.

Ne me demandez pas d’où cela vient c’est un symbole héraldique

Et bien dès les semaines qui ont suivi, Jean de Montfort désormais devenu Jean IV, surnommé le Conquérant, parce qu’il est devenu duc de Bretagne parce qu’il a conquis la couronne de Bretagne, et bien Jean de Montfort va faire frapper de très belles et grandes pièces d’argent absolument magnifiques qui représentent sur la face principale un blason chargé de moucheture d’hermine, donc ça représente clairement le duché de Bretagne qui est tenu par un énorme lion avec une très belle griffe, très belle crinière et la double queue. Ce lion, c’est la représentation symbolique de Jean de Montfort. Donc clairement, par cette pièce qui s’est diffusée très largement et qui est vraiment d’une graphie extraordinaire, par cette pièce là, Jean de Montfort affirme son autorité. C’est lui le lion qui désormais tient le duché de Bretagne.

Mais c’est pas le seul lion

Jean de Montfort a fait faire aussi une autre pièce de monnaie, excessivement rare celle-ci (je n’en connais guère que deux spécimens), qui représente cette fois un très beau lion là aussi, mais dans une posture beaucoup plus assagie. Il est posé, il est allongé et il porte sur sa tête un énorme heaume. Le heaume, c’est le casque du chevalier et c’est pas n’importe quel heaume. C’est un heaume de tournoi qui représente deux énormes cornes de taureau, les ramures de taureau, et au milieu duquel il y a un autre petit lion, cette fois-ci avec une double queue. Ce heaume-là, c’est le heaume officiel du Duc de Bretagne dans les moments publics et guerriers qu’étaient les tournois, très à la mode à cette période.

Nous sommes donc dans la deuxième moitié du 14e siècle

Les tournois, c’est vraiment un événement extrêmement important et populaire. Et d’ailleurs, ce heaume, on le retrouve également dans le Grand Livre des Tournois, extrait de la bibliothèque du roi René. Et bien le heaume, j’ai envie de vous dire que c’est un objet qui ne se prête pas. C’est du même niveau que la couronne. C’est un attribut personnel. Il n’y a que le duc, il n’y a que Jean IV, qui a le droit de porter ce heaume. Ce qui signifie que le lion qui porte le heaume ne peut être une autre personne que Jean IV lui-même.

Une nouvelle fois, mais quelques années après, il se fait représenter donc sur une énorme pièce, une pièce de prestige. D’ailleurs le roi lui reprochera de frapper des monnaies d’une aussi grande valeur puisque normalement, seuls les rois ou les princes ayant rang de roi, avaient l’autorisation de frapper des pièces de prestige de cette qualité. Et bien il se fait représenter désormais bien installé sous les traits du lion vainqueur. »

Les Lions de Jean de Montfort est un épisode du podcast consacré aux Histoires de Monnaies. Gildas nous enchante, petits et grands. Il nous fait aimer l’histoire.

Musique : J.S. Bach Suite In E Minor, BWV 996 – Transp. In G Minor / Göran Söllscher /Jethro Tull

Iconographie :

Réplique réalisée par la Confrérie des Lombards lors des RdV de l’histoire vivante au château de Châteaubriant en 2019.
Gallica / Bibliothèque nationale de France: Enluminure des Chroniques d’Angleterre (détail), 76, f° 45 v°.

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