La reine des abeilles et les fous bourdons

La reine des abeilles et les fous bourdons, une fable dans laquelle Guy Grandjean nous raconte l’histoire des abeilles et des bourdons, et l’évolution de notre génome.

Attention, ce qui suit est une fable : vous n’avez jamais vu de corbac avec un clacos à travers le bec.

La reine des abeilles et les fous bourdons

La reine des abeilles connait par cœur l’histoire de la colonie, ses avatars comme ses succès. Elle a la mémoire totale du destin abeille depuis 100 millions d’années. C’est inscrit dans son ADN. Par sa beauté, ses parfums, ses chants, son énergie, elle s’impose pour assurer la permanence de la vie abeille. Et ceci sous des géographies et des climats fort variés.

Et pourtant ! Malgré ses instincts puissants, sa grande connaissance de l’organisation de la ruche, elle a besoin d’un autre, le faux bourdon. Le faux bourdon, le mâle, dont la vie parait bien étroite, que certains appellent roi fainéant, lui offre un cadeau essentiel : le renouvellement de l’ADN, son actualisation possible, qui permet un peu de diversité génétique dans l’organisation de la ruche. Un peu d’adaptation possible aux conditions de vie éventuellement changeantes. La rigidité instinctuelle de la reine seule ne peut perpétuer la vie.

Tous les hommes sont parents des faux bourdons

J’ose le penser, et l’écrire : tous les hommes sont parents des faux bourdons. Ou plutôt des fous bourdons. Tous, tous rois. Tous rois, pas fainéants certes, mais rois fous, au moins à temps partiel. C’est génétique : chaque cellule humaine féminine dispose de 3 % de richesse chromosomique en plus. Ce chiffre ne vous dit rien ? Pour imager la différence, songez que c’est 1,2 % de notre génome, l’ensemble de nos gènes, donc, qui a changé depuis notre séparation physique du monde des singes.

Leur faiblesse génétique contraint les hommes, dès l’adolescence, à surcompenser leur manque d’assurance face aux merveilles de la vie par des comportements étranges, voire destructeurs. Le chromosome mâle Y du couple XY est bien pauvre, alors que la femme profite d’un riche double XX. Les lettres choisies imagent la réalité : sous un microscope les chromosomes colorés apparaissent ainsi : quatre branches donc pour le X et trois pour le Y : qui est donc riquiqui en termes d’information génétique.

Écoutez donc la chanson adolescente de Ludéal, Les lycéennes : « Dans les ruines, monotones, rodent des lycéennes, hilares et belles, après l’école. »

Tous les mâles sont, eux, obligés de s’inventer des univers particuliers

Tous les mâles sont, obligés, eux, de s’inventer des univers particuliers, d’une grande variété, pour fuir leur hésitation essentielle. La faiblesse de l’amour qu’ils portent pour eux-mêmes, donc pour l’autre. De surcroit, la testostérone n’a de cesse de les contraindre à promener leur pénis tout autour d’eux, avec quand même un avantage sur le faux bourdon : ce dernier meurt après la copulation.

Jouer des muscles, ou, à défaut, jouer du gros cerveau. Des passions diverses, des religions, l’attrait du pouvoir sur l’autre, le travail forcené, des spécialités obscures, le jeu, le gout de l’argent, la passion des machines, l’amour de la voiture, la compétition, que sais-je encore.

Une fois rigidifiés dans ces postures, ils peuvent enfin parler de liberté, la chanter même, sans trop souffrir. Ils peuvent supporter leur propre peur de l’humain.

Nos reines historiques sont nées trop tôt

Toutes ces activités distraient les reines, elles sont même nécessaires pour elles : elles dépériraient de conformisme sans eux, prisonnières de leurs rigidités instinctives. Nos reines historiques sont nées trop tôt. Elles n’ont eu que des vies de prisonnières, mimant la férocité royale nécessaire.

Plus tard, après la venue des sociétés dites d’abondance, nées de la révolution scientifique, elles peuvent s’imprégner des passions masculines. Elles peuvent jouir alors d’un instinct de vie puissant, et de toutes les richesses initiées par les fous bourdons.

Et alors, messieurs, avec dans votre poche votre seul petit instinct guerrier, vous ne pourrez que revenir au destin des héros du moyen âge : servir les gentes dames ! Maigre espoir pour nous détrôner, nous les rois fous, nous les rois des cons, comme chantait Georges Brassens, les rois assez fous pour détruire leur terrier, la belle bleue.

Maigre espoir pour perpétuer la vie, en inversant l’univers.

La reine des abeilles et les fous bourdons, un épisode de Rouges-Jardins, à écouter sur Radio-Châteaubriant et à lire sur le site de Guy Grandjean qui nous parle du monde du vivant.

Musique originale du générique composée par David Tuil.

Chanson de Ludéal, Les lycéennes.

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