La Médaille d’Anne de Bretagne

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La Médaille d’Anne de Bretagne. Gildas Salaün raconte comment le couple royal, Louis XII et Anne de Bretagne, apparaît sur un plan d’égalité, en décrivant leurs portraits présents sur l’avers et le revers de la médaille.

« En 1 499, le couple royal, donc Louis XII et Anne de Bretagne, effectue un voyage officiel à Lyon. La ville de Lyon décide de les remercier, comme cela se faisait régulièrement à l’époque, en faisant réaliser une médaille à leur effigie.

La ville de Lyon signe d’ailleurs cette production en représentant un petit lion sous l’effigie du roi et de la reine. Cette médaille entre en écho avec ce que je disais précédemment sur l’égalité entre Louis XII d’un côté et Anne de Bretagne de l’autre.

Ça se voit dans l’airain, dans le métal

Et là j’ai envie de dire que même ça se voit dans l’airain, dans le métal. Parce que sur l’une des faces, enfin sur chacune des faces plutôt, il y a d’un côté donc le portrait de Louis XII, très ressemblant. Et de l’autre côté le portrait d’Anne de Bretagne, là aussi très ressemblant.

Ce qu’il y a d’impressionnant, c’est qu’avec les moyens d’aujourd’hui, lorsque l’on met les photos avers et revers de ces deux portraits, de ces deux faces de la médaille, et bien on voit que les portraits sont exactement à la même hauteur.

Le couple royal se regarde droit dans les yeux

Le couple royal se regarde, j’ai envie de dire, droit dans les yeux. Or, pendant tout le règne de Charles VIII par exemple, eh bien Anne de Bretagne était systématiquement représentée abaissée par rapport au roi.

Là, sur cette médaille, ils sont sur un pied d’égalité, ça se voit clairement. Ce qu’il y a d’important aussi, c’est que cette médaille…il faut comprendre qu’à l’époque les médailles, comme les monnaies, sont les premiers objets produits en série et en quantité se diffusant. Eh bien la médaille c’est un objet qui est produit en série, mais en petite série. Et les artistes qui produisaient des médailles étaient en même temps soit des artistes peintres soit des sculpteurs, souvent d’ailleurs ils les étaient les deux.

En fait la médaille n’est rien d’autre qu’un portrait

En fait la médaille n’est rien d’autre qu’un portrait, qu’un tableau en relief ou une petite sculpture. Et donc ils sont traités de façon réaliste et c’est là quasiment la première représentation réaliste d’Anne de Bretagne, et faite pour commencer à se diffuser. Donc toute l’identité ou la représentation qu’on peut avoir aujourd’hui encore d’Anne de Bretagne, eh bien on le voit sur cette médaille. Puisqu’on a effectivement Anne de Bretagne qui est représentée coiffée avec ce chaperon qui lui redescend jusque derrière la nuque.

Cette médaille a ceci d’intéressant qu’elle fait la transition entre la communication habituelle par le symbole (moucheture d’hermine, fleur de lys disons) et de l’autre côté le début de la personnification. Sauf que, à cette période-là en gros, personne n’a vu qui était effectivement Anne de Bretagne. Sauf si vous l’aviez croisée, vous ne savez pas. Un lyonnais ne savait pas à quoi ressemblait sa reine.

On ne savait pas à quoi ressemblait sa reine

Eh bien pour pouvoir l’identifier, on a mis dans le fond les symboles héraldiques pour identifier quelle était la personne. Aussi, derrière le portrait de Louis XII vous avez plein de fleurs de lys. Ça vous dit que ce bonhomme-là qui est représenté c’est le roi de France.

Et sur l’autre face eh bien vous avez le portrait d’Anne de Bretagne, et puis derrière, à moitié gauche des fleurs de lys, c’est la reine de France ; à moitié droite les mouchetures d’hermine pour vous dire que c’est la duchesse de Bretagne.

Donc l’intention initiale du graveur était bien sûr d’identifier par les symboles habituels quel était le personnage qui est figuré pour de vrai là-dessus. Sauf qu’au XIX° siècle les historiens se sont battus pour pouvoir identifier et comprendre la symbolique de cette médaille.

Certains disaient : « Anne de Bretagne tourne le dos à son passé breton et regarde vers son avenir français » ; d’autres disaient : « Pas du tout ! Elle se dresse face à la France comme un rempart pour défendre la Bretagne ». Je dois bien avouer qu’aucun d’eux n’avait raison.

C’est tout simplement une affaire de symbolique

C’est tout simplement une affaire de symbolique, une façon de représenter. De faire comprendre, qui est la personne figurée sur cette pièce de monnaie, sur cette médaille pardon. Mais ce qu’il y a d’intéressant c’est cette phase transitoire. Et de comprendre comment Anne de Bretagne, en utilisant les symboles anciens traditionnels, a pu commencer à faire comprendre et faire identifier sa personne.

Parce qu’à la fin du règne d’Anne de Bretagne, là, nous sommes donc en 1 499. Quand elle décède en 1 514, 15 ans plus tard, elle n’a plus besoin d’avoir des fleurs de lys et des mouchetures d’hermine. Elle a imposé sa personne. Et c’est depuis cette époque-là qu’en effet les symboles du pouvoir sont désormais personnifiés par le puissant lui-même. Mais ce serait toute une autre histoire ».

La Médaille d’Anne de Bretagne est un épisode du podcast consacré aux Histoires de Monnaies. Gildas nous enchante, petits et grands. Il nous fait aimer l’histoire.

Musique : J.S. Bach Suite In E Minor, BWV 996 – Transp. In G Minor / Göran Söllscher /Jethro Tull

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Histoires de monnaies
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