La Cadière d’Anne de Bretagne

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La Cadière d’Anne de Bretagne. Le nouvel épisode sur l’histoire de la monnaie au temps des Ducs de Bretagne, savamment conté par Gildas Salaün.

« L’histoire monétaire des Ducs de Bretagne se finit sur ce qui est souvent considéré comme étant son chant du cygne, avec la Cadière d’or d’Anne de Bretagne. La Cadière d’or d’Anne de Bretagne, tire son nom de la cathèdre. La cathèdre, c’est un grand, une sorte de trône, un grand siège que l’on voit dans les cathédrales en particulier. Et en fait, sur la monnaie en question, on a effectivement la duchesse et reine, Anne de Bretagne, qui est assise sur son trône. Sur un large trône d’inspiration gothique.

Anne de Bretagne a été deux fois reine de France

La Cadière d’Anne de Bretagne a été frappée en l’an 1 498 au moment de son veuvage. Anne de Bretagne a été deux fois reine de France. Tout d’abord parce qu’elle a été contrainte de se marier avec Charles VIII ; puis plus tard avec Louis XII. Là, nous sommes dans la période intermédiaire. Pendant tout le règne de Charles VIII, Anne de Bretagne était vraiment placée, toujours, comme un personnage secondaire. Et pour réaffirmer et remontrer à la face du monde justement son caractère souverain, de duchesse et reine souveraine, de duchesse souveraine de Bretagne, et bien elle a pris un certain nombre de décisions, parmi lesquelles la création d’une pièce de monnaie. Celle-ci donc, la fameuse Cadière d’or d’Anne de Bretagne.

Elle en a fait frapper 10 000 exemplaires. Alors, c’est important, certes, mais l’importance était moins économique que vraiment symbolique. Parce qu’Anne de Bretagne apparaît sur cette monnaie arborant tous les attributs de son pouvoir souverain. Comprenez, comme je l’ai dit à l’instant, elle est assise sur un large trône, le trône des Ducs de Bretagne.

Elle est à la fois une cheffe souveraine et une cheffe de guerre

D’ailleurs la seule autre représentation du trône des Ducs de Bretagne, c’est sur les sceaux en majesté de ses grand-père et arrière-grand-père, les Ducs de Bretagne. Notamment Pierre II, François II et cætera, qui sont installés donc sur ce large trône. Elle porte une couronne sur la tête. Elle tient de la main gauche un sceptre, symbole d’autorité souveraine, et de la main droite et c’est la seule fois que c’est représenté, elle tient une épée. Ça, c’est le symbole, c’est l’attribut du chef de guerre. Donc elle est à la fois un chef souverain, une cheffe souveraine, et une cheffe de guerre. Et elle porte un grand manteau qui porte ses armoiries d’épouse, de duchesse et de reine, puisqu’il y a d’un côté les fleurs de lys, en tant que reine de France, et de l’autre côté les mouchetures d’hermine, en tant que duchesse de Bretagne.

Et la légende qu’elle a fait inscrire sur la pièce, est elle aussi très importante, porteuse de sens, elle s’intitule Anne par la grâce de Dieu, reine des français et duchesse des bretons. C’est à dire, qu’il y a d’un côté les français, de l’autre les bretons. Et ils ne sont unis finalement que parce qu’ils ont la même souveraine, j’ai envie de dire, à leur tête. Cette pièce on en connaît aujourd’hui une douzaine, une quinzaine de spécimens tout au plus, de deux types. Il y a, alors autant le dessin d’une façon générale je dirais est sensiblement le même. Il y a toujours les mêmes motifs, mais ce sont vraiment deux styles très très différents. Le modèle dont on connaît le plus d’exemplaires porte un millésime.

Le millésime en France, c’est une innovation nantaise

C’est la première monnaie française à porter une date. Alors c’est pas la première monnaie à porter une date, il y avait des pièces avant, mais en France, c’est la première fois qu’une monnaie porte cette date, donc l’année 1 498. Ce qui nous permet d’être très précis quant à, en effet, sa datation. J’en profite au passage pour dire que c’est une monnaie qui a été frappée à Nantes, donc le millésime en France, c’est une innovation nantaise.

Et puis il en existe un autre spécimen. Un autre type qui est beaucoup plus rare, parce qu’on en connaît guère plus de quatre exemplaires, cinq peut-être. Là il y a pas du tout de millésime et c’est une pièce qui a un style beaucoup plus médiéval, gothique, que la précédente. Et cette pièce-là attire l’attention par un petit détail, juste en dessous des pieds de la duchesse. Il y a tout un petit nuage de points. Ça, c’est complètement inhabituel. C’est la seule monnaie d’ailleurs que je connaisse à avoir ce nuage de points, qui en réalité, est une représentation en fait du sol.

En numismatique, il n’y a jamais de représentation du sol

Quand on regarde les enluminures, mais en fait c’est vrai qu’il n’est pas rare sur les enluminures médiévales, que le sol soit représenté comme cela, par un nuage de points, sur lequel le personnage pose les pieds. Et bien en numismatique, en monnaie, il n’y a jamais en fait de représentation du sol. Tous les personnages que l’on voit sur les monnaies sont comme, disons, flottants. Et là c’est la seule fois qu’on représente un sol.

Alors je me suis longtemps posé la question : pourquoi avoir un sol ? Et bien tout simplement parce que cette pièce de monnaie n’a pas été conçue par un graveur en monnaie au départ, mais par un artiste peintre, Jean Bourdichon, le peintre du roi et de la reine. Donc là, vous avez vraiment aussi, j’ai envie de vous dire, au niveau de la création artistique, une pièce d’une qualité exceptionnelle et je dirais même d’une importance nationale. »

La Cadière d’Anne de Bretagne est un épisode du podcast consacré aux Histoires de Monnaies. Gildas nous enchante, petits et grands. Il nous fait aimer l’histoire.

Musique : J.S. Bach Suite In E Minor, BWV 996 – Transp. In G Minor / Göran Söllscher /Jethro Tull

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