J’ai la tête comme une passoire

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J’ai la tête comme une passoire, l’interview d’Anne-Marie Gaignard, l’auteure d’Hugo et les rois être et avoir. Elle évoque son enfance, son ratage de l’apprentissage de la lecture et son parcours de vie qui l’a conduite à concevoir une méthode pour venir en aide à celles et ceux en difficulté avec la pratique du français. Elle nous parle également de son dernier livre, La revanche des têtes à trous, paru au Seuil, en août 2020.

Anne-Marie Gaignard, bonjour.

Bonjour.

Alors, on est heureux de vous recevoir. On va revenir un petit peu en arrière. Un jour vous avez six ans, qu’est-ce qui se passe à six ans ?

À six ans, il se passe que je me dis que je ne fonctionne pas comme les autres enfants. C’est-à-dire que c’est assez rapide où on me taxe de celle qui fait évidemment aucun progrès en lecture, donc non acquisition de la lecture, je vous parle pas de l’écriture. Mais là où je suis plaquée le long du mur c’est quand on dit à ma mère que, en plus de tout ça, j’ai la tête comme une passoire. Et là c’est l’image immédiate de l’égouttoir à pâtes, que j’ai sur la tête, et l’eau qui sort par les trous.

Voilà, je me dis qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que je vais devenir ? Donc c’est l’horreur en fait. J’essaie de trouver dans les yeux de ma mère quelque chose qui me rassure, mais c’est plus de la colère que j’y trouve et on rentre à la maison, c’est l’horreur. C’est l’horreur, parce que je sais que je suis pas débile mentale, mais j’arrive pas à prouver ce dont je suis capable. Voilà, en gros, je sais que si j’apprends quelque chose par cœur, ou ma mère me dit reste assise, ne bouge pas, répète après moi, donc je répète gentiment tout en me disant que ça sert à rien. Et quand j’ai monté quatre marches de l’escalier, je suis arrivée sur le palier, je me dis voilà, j’en ai la moitié qui est partie.

Ma mère me disait tu sais tu peux apprendre en dormant. J’ai huit ans. Apprendre en dormant ? Comment ça, apprendre en dormant ? Elle me dit : Mais mets ton cahier sous ton oreiller. Mais j’y ai cru ! J’y ai cru. Ça, c’est terrible.  Donc voilà, c’est une histoire de vie.

Aujourd’hui, au Seuil, il sort La revanche des têtes à trous, donc ça se passe combien d’années après ? Entre l’événement toute petite et puis 2020 ?

Il s’est écoulé plus de 40 ans.

40 ans ? Il faut 40 ans pour écrire un livre ? Il faut 40 ans de résilience ?

Ouais je crois. Ouais, parce qu’en plus, côté résilience ça me connaît un peu, parce que la première chose dont je me suis occupée, qui se voyait par rapport aux gens, c’était mon orthographe déplorable. Donc ça, ça a pris pratiquement 20 ans de ma vie. À essayer d’écrire correctement et de reprendre une bonne cadence de lecture, aussi. Parce que quand t’as loupé l’apprentissage, ce qui est mon cas, parce que si je ferme les yeux, je vois rien, je vois pas le livre de lecture, je sais pas, je n’ai aucun souvenir.

Si on faisait un radio trottoir et qu’on disait à une dame de 80 ans : C’était quoi votre livre de lecture ? Je crois qu’elle nous donnerait même des extraits. Moi j’ai rien. Donc j’ai dû passer complètement à côté de l’apprentissage de la lecture. Donc j’ai appris à lire mal et puis j’ai découvert un peu après que c’est pas parce que tu sais lire que tu sais écrire. Et moi la mémoire photographique, celle qui va te dire un P, deux P, AN, A.N., E.N…, tout ça, j’ai pas ça ! Donc tous les mots m’arrêtaient.

Donc ça, c’est 20 ans de chantier, 20 ans de vie, 20 ans de montage d’une méthode

Très égoïstement parlant, parce que je l’ai d’avoir montée pour moi. Pour me sortir de là. D’un côté la grammaire je comprenais rien. Même encore aujourd’hui hein je répare entre guillemets, j’aime bien le mot réparer. J’ai un discours empirique moi. Je viens pas de…, voilà. Ce qui est intéressant c’est cette expérience. Mais je n’ai encore aujourd’hui pas de repères sur l’orthographe d’un mot que j’ai pas écrit. Enfin, il faut que je passe par une technique qui va m’aider.

Et c’est pour ça que la technique de mémorisation ça arrive bien après. C’est à dire d’abord, je me suis réparée, puis dire aux gens, je suis nulle en français, je suis nulle à l’écrit, on disait toujours j’étais brillante à l’oral, donc heureusement que j’avais ça. Mais cette mémoire me tracassait. Cette tête à trous me terrorisait en fait.  Donc voilà où j’en suis aujourd’hui. C’est que je me suis dit, bon bah l’orthographe c’est réglé, alors maintenant je vais m’attaquer à ma tête à trous.

Donc avant de mettre au point cette méthode, il y a eu des méthodes que vous avez testées ? Vous avez essayé un peu dans tous les sens ? Vous avez regardé, vous êtes allée voir des orthophonistes, des professeurs, des médecins ?

Alors l’orthophoniste, j’y suis allée. On est dans les années…je suis née en soixante-et-un d’accord, donc en 68, 69, c’est le début du métier. Donc j’habite Cholet, et là y’a une orthophoniste qui s’est installée rue Nationale, et c’est la première fois que j’entends ce mot : dyslexique. Houlà,  je me dis qu’est-ce que c’est que ce truc ? En fait,  qu’est-ce que j’ai fait de mal pratiquement ? Je me disais mais c’est quoi cette maladie ? Qu’est-ce que j’ai ? Et puis l’époque l’orthophoniste recevait des enfants handicapés, parfois mêmes handicapés mentaux. J’étais terrorisée. Ça me faisait peur. Je me disais mais encore là, mais qu’est-ce que je fais là ?

Alors elle m’a pas traumatisée, au contraire, elle a été très à l’écoute, elle a essayé de comprendre ce qui s’était passé pour moi

Et assez rapidement elle a dit à ma mère : On fera quelque chose d’elle, mais avec la lecture, il y a un cap qui n’a pas été passé, il va falloir reprendre ça à la base. Et puis ma mère m’a emmenée une fois, 2 fois, 3 fois et puis je pense qu’à l’époque ça coûtait un peu cher. Elle a laissé tomber, mais moi j’en garde des bons souvenirs. C’est peut-être la première fois où on parlait de moi d’un côté un peu plus positif que d’habitude. Mais bon, ça m’a pas sauvée la mise. D’autant que bien des années plus tard, j’ai découvert que c’était pas du tout une dyslexie. C’était un vrai et gros ratage d’apprentissage voilà. Donc on peut pas…j’écrivais ce que j’entendais, donc évidemment, les erreurs étaient similaires à celles du dyslexique quand il écrit, voilà.

Donc bien des années plus tard vous avez décidé de prendre en main votre destin, que ce n’est pas une fatalité ? Parce que là il y a des gens qui vont nous écouter et vous allez donner espoir, pour dire qu’il n’y a pas d’âge pour se réparer, puis pour apprendre à s’aimer ? Parce que c’est important ?

Complètement ! Mais mon estime de moi-même, elle était complètement à la ramasse. Le miroir narcissique était en millions de morceaux. Sur quoi je pouvais me raccrocher ? Le seul truc qui me rassurait c’était de regarder mes yeux, voilà. Je regardais mes yeux dans le miroir, et je me disais : mais pourtant ils sont allumés !

Mais l’étincelle ça a été quoi ? Parce que vous auriez très bien pu vous laisser aller et puis dire bah je serai…si je trouve un boulot où on ne me demande pas ni d’écrire ni de lire…

C’est chouette que vous parliez de ça parce que en fait le seul boulot qu’on m’a proposé, en tous cas les études qu’on m’a proposées, c’est un bac G1 pour être secrétaire de direction, avec mes kilos de fautes. J’avais toujours pas réglé mon problème. C’est une horreur, c’est une horreur ! Mais euh, comment dire, si je n’avais pas descendu, j’ai envie de dire, petit à petit jusqu’à m’enfoncer et voir même un trou sous mes pieds, donc ce que je peux appeler aujourd’hui une dépression, mais carabinée, je pense que je serais plus là aujourd’hui.

J’ai eu un petit… je vous dis, c’est mes yeux dans le miroir en fait. Et puis le camion de pompier qui m’a embarquée, et puis et puis, le psychiatre qui déboule dans ma chambre, je sais pas, deux jours après mon arrivée. Je commence à ouvrir les yeux.  Je suis plate comme une galette, j’ai perdu 17 kilos en 3 mois. Et il me dit : Vous avez dit aux pompiers que vous aviez un problème avec les mots ? (M.O.T.S.). Je lui dis je sais pas. Il m’a dit : Moi les mots M.O.T.S. je peux rien pour vous. Mais les maux M.A.U.X. je peux peut-être vous donner un coup de main. Mais pour ça faites vous une promesse, parce que dans 24h ou 48h, si vous continuez à perdre du poids, je pourrai plus rien pour vous, vous allez mourir.

Je vais quand même pas crever à cause des fautes d’orthographe ?!

Il a fermé la porte, ça a duré, je sais pas, moins d’une minute. Je suis toute seule dans mon lit, je me dis : Je vais quand même pas crever à cause des fautes d’orthographe ?! Donc ça me donne une espèce de premier coup de fouet. Et puis cette promesse que je dois me faire à moi-même pour vivre…je suis dans mon lit, je me dis : Mais qu’est-ce que je vais faire comme promesse ? Qu’est-ce que je vais me faire moi pour m’en sortir ? Et je me suis dit : Plus jamais personne ne me jugera sur mes écrits ! Assez rapidement j’ai mangé de la vache Kiri, y’avait du pain. J’ai pris quelques grammes, puis quelques kilos. Puis 3 mois plus tard, je suis sortie.

Alors je sais pas ce que ça fait quand on sort de prison, mais en tout cas, quand on sort d’une hospitalisation assez longue, en voiture, j’avais l’impression que ça roulait très très vite. Donc je suis allée chez mes parents rechercher tous mes cahiers, partout où il y avait du rouge, j’ai tout embarqué et je me suis dit : Maintenant tu vas aller regarder tes fautes et puis tu vas les arranger, et puis tu vas trouver comment faire ! Et ça a pris 10 ans. 10 ans de montage, démontage, collage de mon dictionnaire. J’ai réglé la grammaire, j’ai envie de dire, assez rapidement. Aujourd’hui pour moi la grammaire est un jeu d’enfant et très mal enseignée et on pourrait faire beaucoup, beaucoup mieux avec les enfants, et les ados et voire même les étudiants, parce que c’est aussi un problème pour eux.

J’ai du retard pour être heureuse

Et puis derrière je me suis dit : Bon OK,  maintenant que c’est validé, j’ai quand même eu la chance d’être éditée au Robert, la collection des Hugo c’est un succès, chaque fois que je reçois un message de parents qui me disent « voilà mon fils, ma fille…merci ! », c’est des cadeaux de la vie ! Vous pouvez même pas imaginer, j’ai l’impression que je vais être centenaire tellement j’ai de choses à vivre, j’ai du retard en fait pour être heureuse ! J’ai du retard ! Et puis voilà. Et puis assez rapidement, je me suis dit : Bon maintenant que ça c’est réglé, je vais aller voir ce que c’est qu’une tête passoire, je vais voir si ça existe vraiment ces têtes à trous.

Donc je me suis rapprochée de quelqu’un qui a été sur mon parcours à la fois du côté de l’orthographe et à la fois du côté des techniques de mémorisation parce que lui (je cite son nom dans le bouquin, il s’appelle Philippe Roux, c’était le directeur de l’institution des Lavandes à Orpierre, qui était la seule institution en France habilitée à recevoir les dyslexiques sévères pendant 3 ans) il m’a dit : Viens bosser avec moi, viens ! Donc je suis partie, et on a énormément travaillé tous les deux et un jour il a sorti sa mallette aux trésors.

Toutes ses recherches sur les dyslexiques dont la mémoire était moyenne voire pas, il m’a dit : Voilà écoute, puisque t’es dans le pratico-pratique, tiens, vas-y, je te file mes recherches, trouve moi là-dedans de quoi aider ces gamins à apprendre, et tu verras tu te soigneras en même temps ! Alors évidemment, je suis dans le train, c’est ce que je raconte dans mon bouquin, je pars avec un trésor, j’en reviens même pas, et puis je m’y colle, assez rapidement. Je comprends pas tout, je comprends pas tout, y’a des termes médicaux qui me traversent.

On oscille tout le temps entre son cerveau gauche et son cerveau droit

Mais à un moment donné je comprends qu’on oscille tout le temps entre son cerveau gauche et son cerveau droit. Et aujourd’hui je suis capable, moi, de me dire, là par exemple je vous parle je ferme mes yeux je sais que je suis pas en train de vous mentir parce que je suis dans mon cerveau droit, voilà. C’est le cœur qui parle en fait. Et puis le gauche il est habitué à apprendre lui, à être un peu dans le pratico-pratique et c’est pas l’endroit où j’allais le plus en fait dans ma tête.

Et ça a été la première chose je me suis dit : Comment je peux faire pour être consciente et de me dire de quel côté je suis. Je suis à droite ou bien je suis à gauche ? Si t’es à l’école en train d’écouter la maîtresse et que tu es dans son cerveau droit, t’es sorti par la fenêtre. Tu vas voir l’avion qui fait des traits dans ciel, t’es pas là, t’écoute ça rentre ça ressort. Et moi c’était ça mon problème, mon cerveau gauche ne servait pas à grand-chose et on sait qu’à gauche c’est le par cœur, donc c’est des points dans ta définition. C’est être capable de redonner des dates en histoire. J’avais un problème vraiment, réel et certain.

J’ai besoin de faire, F.A.I.R.E, pour comprendre

Et j’ai creusé, creusé, creusé le truc en disant : OK moi, si je ne fais pas avec ma main, si je ne retiens pas avec ma main, ça marche pas. Alors du coup j’étais partie sur le principe de tout recopier. Alors ça marche pas non plus, pour les gamins ça, pour certains peut-être, mais en tout cas pour moi non. Je suis, moi, une grande kinesthésique ; j’ai besoin de faire, F.A.I.R.E, pour comprendre. D’abord parce que pour apprendre par cœur, faut que tu comprennes sinon c’est du B.A. BA, c’est nul, et tu retiens pas.

Tu comprends ce qu’on te demande d’apprendre en fait, c’est une machine à points que j’ai montée là voilà. Machine à points pour les gamins, je lui dis : T’as une définition pour deux et demi ? On va les choper les deux points et demi.  C’est ça ce que j’ai trouvé en fait. Mais en faisant, en découpant, en respirant, en comptant et c’est là où j’ai fait la découverte du chiffre magique qu’est le chiffre 7.

Et comment j’en suis venue là ? C’est que le 7 est un chiffre qu’on retrouve un peu partout (les 7 couleurs de l’arc-en-ciel, les 7 notes de musique…) et je me suis dit, moi, quand j’apprenais mes tables de multiplication, Dieu sait si j’ai ramé là-dessus, six, ça passait, sept c’était le max, et j’avais l’impression que le 8 et le 9 étaient planqués derrière une porte, qu’ils me guettaient et qu’ils allaient me sauter dessus et tout m’effacer. Le temps de monter trois marches de l’escalier ça y est, j’avais encore perdu le truc. Et je me suis servi du sept en me disant pourquoi ? Et là je découvre en fait une mémoire qui s’appelle l’empan, qui est juste derrière la petite mémoire olfactive qu’on a juste derrière le nez, où elle te permet de retenir, on va dire entre 1 et 5 éléments, 6, 7 étant le maximum.

Maintenant qu’est-ce que je vais faire du 7 ?

Je cherche, je trouve aussi que l’empan est une unité de mesure que les égyptiens utilisaient entre autres pour la construction des pyramides, et Dieu sait si elles sont tirées au cordeau. Et en fait, c’est l’espace entre le pouce et le petit doigt qui selon la largeur de la main, va se trouver entre 1,5 et un 1,7 en fait. Je me suis dit : OK mais maintenant qu’est-ce que je fais du 7 ? Comment je vais faire pour utiliser le 7 ? Mais je me suis dit : Très bien, synthèse d’un texte, je prends n’importe quel texte.

Aujourd’hui je pars de la majuscule, en haut, à gauche, je compte en descendant dans la marge, 1, 2, 3, 4, 5, je ralentis, je regarde si y’a un point, là. Y’a pas, 6 y’a toujours pas. 7 y’a un point. OK je fais un premier carré et je mets un 1, je numérote mon carré. Sur un papier brouillon je mets un 1 avec rien à côté, je lis ce morceau, et j’ai droit à 4 mots max. Et j’écris 4 mots. Et je descends comme ça, je découpe tout mon texte. Alors il peut y avoir, moi j’appelle ça une série de diapos, aller, y’a environ 34 pavés, donc sur ma feuille de brouillon, je vais bien retrouver 34 carrés où j’ai droit de mettre 3, 4 mots à chaque fois.

Et c’est là que je me suis rendu compte que c’était pratique pour les gamins. Ça va très très vite, une fois qu’on a le truc, on compte vite.  Ne pars pas tête baissée, ne lis pas tout. Ne garde pas tout, fais le tri. Mais ça c’est difficile pour un enfant de faire le tri. Et donc le fait de compter, 7 par 7…moi je m’en fous dans une poésie par exemple d’une virgule ou d’un point, la respiration de l’auteur ne m’importe pas. Ce que je veux c’est le point. C’est-à-dire, une idée qui va s’arrêter et on va passer sur autre chose. Et donc je les cherche. Comme par hasard et vous verrez à la maison,

Amusez-vous à prendre n’importe quel bouquin, comptez dans la marge de gauche et vous verrez qu’à la 6e ou la 7e ligne, y’aura un point

Hop, donc ça, ça a été une première découverte, le chiffre 7. Compte sur tes doigts, t’as combien de villes à retenir ? Y’a combien de fleuves principaux en France ? 5 ? Mais 5 fleuves, mais on en a pour deux secondes ! Et on va tourner en rond dans le sens des aiguilles d’une montre, ce qui multiplie par trois les chances de retenir. Voilà ce que je peux expliquer dans ce livre.jai-la-tete-comme-une-passoire

Nous sommes à nouveau avec Anne-Marie Gaignard. Donc Anne-Marie vous êtes jeune femme à l’époque, dans le Choletais, qu’est-ce qui se passe à ce moment-là ? Vous avez raconté que vous commencez à vous libérer de cette difficulté ?

Oui. Alors, après avoir un peu redoublé en primaire, j’arrive au collège. Je découvre le sport. Alors moi, qui suis une grande kinesthésique, la mémoire du faire, F.A.I.R.E., alors là j’explose les scores, je gagne toutes les médailles, je m’inscris partout, donc ça c’est très important ces années collège ! Je fume en cachette, je suis chez les religieuses des Sœurs de la Providence, je m’émancipe un en fait. Je me rends compte que je suis une bonne copine ; une bonne confidente. Quand on me donne un secret, je garde le secret.

Donc les années collège ça va, mais je frôle toujours la moyenne

Jamais vraiment au top. Y’a toujours un truc qui me fait baisser. Si j’avais dû passer toute ma scolarité oralement, je pense que je serais pas là aujourd’hui. Mais bon, c’était pas comme ça. Et puis l’orientation, sortie de 3e, je rêve de faire de la philo moi, c’est ça qui m’attire. Pourtant je lis pas à la cadence où il faudrait lire, donc quand je lis, je fais double effort par rapport à d’autres. Mais cette philosophie des gens qui pensent plus loin que le bout de leur nez, ça m’inspire. Donc je voudrais faire L, par la porte, par la fenêtre, et puis on me met en G1, en secrétariat. Donc ratage d’orientation. Mais bon j’apprends à taper à la machine.

Y’en a qui vont se reconnaitre.

Sûrement ! Donc, mon père, aujourd’hui comme j’ai écrit pas mal de bouquins, je tape à la vitesse de la lumière et parfois je pense à lui, il me dit : Tu sais taper à la machine, un jour, ça te servira peut être. Mais je me dis mais heureusement que j’ai ça. Ça m’a fait gagner du temps. Mais bon des études de secrétariat, bilingue quand même, et en 4e je découvre l’espagnol. Et j’ai un premier déclic en me disant : Tiens c’est bizarre cette langue, elle s’écrit comme on l’entend. Les enfants chantent (pour le S à enfants et encore moins le ENT à chante) mais Los niños cantan. Là, t’as tout.  Et donc je m’accroche à cette langue. Je la prends en première langue.

Un jour je serai journaliste et j’irai vivre en Amérique latine

Et donc je m’accroche à l’espagnol, l’anglais je m’en sors pas mal à l’oral, à l’écrit c’est une catastrophe. C’est toutes les lettres que j’aime pas les Y, les TH, les machins, donc ça, ça marche pas. Mais bon, l’oral ça va ! Et puis je passe un bac G1 que j’ai quand même, et je me retrouve secrétaire au lycée la Providence de Cholet. Mon Dieu ! Un mouroir ! Pour moi, un mouroir. Mais j’ai du boulot et donc assez rapidement je me rapproche plus des élèves que de mes collègues comptables ou économes et tout ça. Et je me rends compte qu’il y a des élèves qui me ressemblent.

Des gamins découragés, en bas de classement. Pourtant ils apprennent. Ils me disent : Mais si, tu sais Anne-Marie moi je bosse mais ça marche pas ; j’ai une question, je sais que je sais, mais j’arrive pas à retrouver. Donc tout ça, ça me met déjà en instance d’aller chercher sur la mémoire plus tard. Mais je claque la porte de l’établissement parce que je comprends pas qu’on fasse un tri sur des gamins qui ont pas la moyenne générale et qu’on va, non pas mettre en alternance par exemple, mais carrément leur dire : Bah écoute change de voie. Donc je claque la porte, voilà, moi c’est pas mon truc. Et c’est là en fait que je tombe malade, et que premier check-up général de la tête au pied, je me dis :

Voilà t’es pas à ta place ! T’es pas en train de faire ce que tu veux !

Je suis une très bonne commerciale, j’ai développé l’oralité ça c’est sûr, mais vendre c’est pas mon truc. Donc je me dis : Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? Et c’est une collègue qui vient et qui dit : Anne-Marie tu vas pas rester avec un bac, inscris-toi à un concours, n’importe quoi…monte, monte, tu dois être capable d’y arriver !

Et elle m’inscrit d’office à un BTS de secrétaire de direction bilingue, que j’ai donc, je passe ça, j’ai 33 ans. Je travaille le soir quand ma fille est couchée, enfin bon, je m’y attelle et ce qui me donne un BAC+2 et qui me permet de rentrer au ministère de l’agriculture et d’aller chercher tous les gamins qui partaient du lycée la Providence en maison familiale rurale. C’est quoi ce truc ? Et donc je découvre qu’il y’a de l’alternance, que les gamins sont heureux, donc je fais un stage gratos, et je travaille avec eux. Et je me souviens d’un qui m’a dit : Tu sais Anne-Marie, je suis bien là ! Parce que c’est la première fois qu’on me dit que ce que je fais, c’est bien, et puis j’ai des bonnes notes ! Avant j’étais un vaurien !  

J’ai trouvé ça mignon et en fait ils m’ont mis des gamins attachants, orientés en maison familiale parce qu’ils sont hors norme en fait ; ils sont pas dans le moule tout simplement. Et là je m’éclate avec eux. Et c’est là que je teste mes techniques de mémorisation en premier avec des gamins. Un m’avait dit : Y’a plus personne qui veut de moi, y’a plus un établissement scolaire qui veut de moi ! J’ai dit : Mais moi je veux de toi, donc tu vas venir bosser dans mes ateliers, le midi, entre midi et deux !  Donc je passais, j’avais l’autorisation, je faisais des petits ateliers sur l’orthographe, on jouait avec la grammaire, on sautait les murs avec Hugo et les rois… J’avais la queue !

Mais c’est ça, ce que je veux faire moi de ma vie ! Je veux aider les autres en fait

J’aurais pu être pompier ou j’aurais pu être infirmière, fallait que je me soigne avec des gamins qui avaient vécu la même chose que moi. Ça a été une vraie révélation. Ce sont mes meilleures années les maisons familiales. J’ai passé six ans et après j’ai sorti Hugo et les rois qui a été best-seller et du coup j’ai pas pu assurer mon poste et je me suis dit bon bah avec ce que j’ai créé voilà, (on parle pas la mémoire à l’époque, uniquement sur l’autographe), je dois pouvoir vivre de ça ! Et aider des quantités de gamins, d’enfants, d’adultes voilà !

Et j’ai monté tous les échelons, fait valider ma méthode, aujourd’hui éligible au CPF (compte personnel de formation), elle est gratos pour tous les salariés, elle est sur votre compte perso, vous avez des sous, utilisez ça ! Et puis vous verrez, l’orthographe, une fois que c’est réparé, on est guéri des mots. C’est une vraie et belle reprise de confiance en soi. Je dirais que c’est bien au-delà de la grammaire et de l’orthographe.

Parce qu’on peut dire que les mots dits sont maudits ?

Ah oui ! Tout ce qui nous a fait mal quand on était petit ! Les espèces de diagnostics qui nous tombaient dessus…Moi je suis très bienveillante quand j’écoute un enfant parler, je l’interromps pas, je lui pose quelques questions, il me raconte qui il est, comment ça se passe à l’école, pourquoi il a de mauvais résultats… Les 3/4 en fait, quand tu creuses un peu, je parle plutôt là des fins de CM2, de 6e, 5e, 4e, ils montent dans leur chambre bosser mais ils bossent pas. Je leur dis : Regarde-moi dans les yeux, tu fous rien quand t’es dans ta chambre ? Mais non, je fais rien.  Je leur dis : Mais c’est quand même pas si mal. 8 ou 9 en foutant rien ! Mais si t’arrivais à bosser un petit peu plus, est-ce que ça te plairait d’avoir 12, 13 ? Ah ouais, j’aimerais bien !

C’est ça la revanche des têtes à trous !

Je vais te donner les trucs, moi. Tu vas voir comment on peut bosser tout seul dans sa chambre, 20 minutes, 25 minutes max par soir, c’est tout. Parce qu’il y a des enfants, ils travaillent deux heures. Ils sont en CE2 ! Trois strophes d’une poésie, mais c’est que dalle à apprendre. Donc c’est tout ça, ce que je raconte. Évidemment, c’est tiré de mon expérience personnelle, mais quantité de jeunes qui me sont passés entre les mains. Moi j’ai vu plus de 7000 enfants au total, rien qu’en orthographe, et quand on avait fini avec l’orthographe, je leur disais : Tu veux des points ? Alors maintenant, 6h ! J’ai besoin de 6h de ta vie et tu vas monter tes points de moyenne, plusieurs points de moyenne en quelques heures ! Et ça marche !

Mais sans tirer sur l’ambulance, vous qui êtes une enfant de la méthode globale, qu’est-ce qui va pas dans l’éducation nationale ? Qu’est-ce qui va pas dans l’enseignement ? Qu’est-ce qu’on pourrait apporter de positif ?

Oui, avant de parler de positif, il faut peut-être qu’on revienne un peu sur l’histoire. La méthode globale, elle apparaît en fait dans les années 60 (68, 69) et le principe était d’avoir un bout de texte et une image. Pourquoi pas ! Donc c’était illustré. Il y avait déjà des livres illustrés en syllabique mais là c’était vraiment l’image, donc moi, évidemment que j’allais sur l’image avant d’aller sur les mots. Cette méthode globale avait pour, j’ai envie de dire pour avantages premier, d’aller vite.

C’est à dire que si on faisait un radio trottoir ensemble, une dame qui a passé les 70 ans dirait : Houlala, mais moi c’est que j’ai mis du temps, il m’a fallu du temps pour apprendre à lire, à écrire, c’était plusieurs années où on ne faisait pratiquement que ça. Donc ils sont partis du principe que l’enfant en allant sur l’image gagnerait du temps en compréhension. Sauf que, je raconte cette histoire souvent d’un petit, puisque la méthode mixte qui remplace la globale aujourd’hui, c’est du même acabit. C’est juste l’idée dès les premières pages du bouquin, c’est du syllabique.  Puis quand t’arrives à la page 12, ça y est on repasse à la globale.

Donc c’est pour ça qu’on a des catastrophes nationales et que le niveau des enfants baisse, baisse, baisse

C’est pas leur intelligence qui baisse, bien au contraire ! C’est ce qu’on leur met sous les yeux qui va pas. Donc il faudrait neuf mois pour apprendre à lire, uniquement en apprenant à lire. Neuf mois c’est le temps d’un bébé, on est loin du compte. Puisqu’en septembre il commence à lire, à Noël il dit Maman je sais lire, sauf qu’il regarde le plafond. Il a appris son texte par cœur quasiment, donc y’a pas de lecture là-dedans. Il y a à peine de la compréhension. Il a chopé quelques mots et puis évidemment il va sur l’image ; et moi j’aime bien le gamin où quand il est écrit « la péniche descend la rivière », il a son petit doigt, il dit « le bateau ».

C’est écrit « péniche » mais il lit « le bateau »

Et j’ai une petite histoire que j’aime bien c’est celle du Loup rouge, c’est le titre d’un livre. Et ce gamin il est en CM1, il était vraiment très très en difficulté de lecture. Et il a commencé à travailler avec une de mes formatrices et il vient me voir ; il toque à mon bureau et il me dit Tu sais Anne-Marie, je suis content, j’avance bien ! Je lui dis Super, t’es content ? Il me dit : Oui, je suis même heureux ! Donc ça, c’est génial. Et j’ai un bouquin dans ma bibliothèque, le titre c’est Loup rouge, et je lui dis : Est-ce que tu peux me lire ce titre-là ? Alors avec son petit doigt sur le bouquin, il dit LE qui n’est pas écrit, Loup noir ! Donc je marque un tout petit temps d’arrêt, j’ai dû faire un petit sursaut, et il me regarde et il me dit : Non, Anne-Marie je sais, c’est écrit rouge, mais ça c’est pas possible, la dame elle s’est trompée. D’où le Loup noir, pour lui un loup c’est noir, c’est pas rouge.

Donc vous voyez un peu, on a des enfants tellement brillants, qui changent un mot pour un autre, mais il a complètement raison quelque part ! Et c’est ça qui m’intéresse chez eux, c’est d’aller chercher cette intelligence qui n’est pas l’intelligence de l’école aujourd’hui, voilà !

Nous sommes avec Anne-Marie Gaignard, La Revanche des têtes à trous. Mais aujourd’hui les parents sont un peu désespérés parce qu’ils voudraient bien faire, on sait que c’est très compliqué d’être parents, à la fois c’est simple et c’est très compliqué, donc ils pensent que les maîtres, que les instituteurs, que les professeurs connaissent plus de choses qu’eux. Qu’est-ce que les parents peuvent faire pour aider leurs enfants ?

Alors, on s’en est doublement rendu compte avec la saloperie de virus qui nous est tombé dessus, parce que là du coup on s’est retrouvé instit le soir avec des paniques d’ouvrir l’ordinateur, qu’est-ce que la maîtresse a envoyé aujourd’hui ? Est-ce que je vais savoir faire ? Non, on ne s’improvise pas pédagogue comme ça, du jour au lendemain. Et d’ailleurs j’ai un bouquin qui va sortir au Robert assez rapidement, j’espère pour Noël, qui parle de ça. C’est qu’est-ce que je fais avec un gamin qui rentre de l’école, qui en a déjà plein la tête, y’a le temps des devoirs, y’a le temps du repas du soir, comment je vais faire pour qu’il se mette au boulot ? Ça va être ça un peu.

Y’a « être parents », donc avoir cette bienveillance vis à vis de ses enfants, leur faire confiance, leur donner des responsabilités, leur mettre une montre au poignet, ça passe par là ! C’est du temps ! Pour moi, un enfant qui travaille, en CM1, 2h c’est mort ! C’est qu’il y a un truc qui va pas ! Donc c’est 20, 25 minutes par soir, et il faut vraiment cibler le truc, et c’est largement suffisant, si on va pile au bon endroit ! Je ne veux pas te donner tous les secrets du bouquin qui va sortir, mais il y a une histoire de, un, de bienveillance ; deux, lui faire confiance (je sais que tu vas y arriver, je sais que tu peux !) mais abandonner peut-être la méthode qu’on a eu, nous, en tant que parents et pas la refiler à son gamin.

S’il a besoin d’être debout, laissez-le tourner autour de la table du salon, on s’en fout

On s’en fout qu’il tourne en rond, s’il a besoin de gestuer, laissez-le gestuer. La meilleure façon d’apprendre, c’est d’être debout et pourquoi pas devant un tableau blanc, c’est pas un gros investissement, 3 feutres effaçables et puis roule ! Dessine-moi ce que tu en train d’apprendre, montre-moi que t’as compris cette définition. La formule d’Archimède ? Tout corps plongé dans un liquide reçoit une poussée verticale machin… qu’est-ce que quoi ? C’est quoi ce machin ? Mais si tu me la dessines, si tu me montres ce que c’est que cette poussée…Ah ! C’est plus pareil, en fait, c’est l’école inversée.

Ou alors si je remplis la baignoire…

…Avec la moitié de mon doigt comme dirait Gad Elmaleh, j’adore cette histoire ! Mais c’est ça ! C’est à dire que les parents restent coincés sur eux, comment ils étaient (« moi j’ai appris comme ça donc essaye de faire comme ça »). Non, il faut savoir qui il est et dans la le bouquin de la Revanche des têtes à trous, il y a un test à 45 questions d’où on tire le profil mnémonique principal. Hyper important si on tombe sur un haut visuel (la mémoire visuelle c’est pas la mémoire photographique).

La mémoire visuelle c’est « ferme tes yeux qu’est-ce que tu vois dans ta tête ?

Si je te dis cheval, qu’est-ce que tu vois ? Le mot ou l’animal, ou tu vois rien ? ». Le kinesthésique, il va dire « non je vois rien ». Bon bah ça c’est moi ! Et ça, c’est tous les gamins malheureux à l’école. Nous on ferme nos yeux. Moi quand je partais en colonie de vacances, je fermais mes yeux et j’avais peur d’oublier la tête de mes parents, quand j’allais revenir. Je me disais « je ne vais pas les reconnaître ». Donc c’est une horreur. Et les kinesthésiques sont malheureux à l’école parce qu’elle n’est pas du tout montée pour eux, et c’est 30% des enfants. Alors, bons en sport, marchent à 4 pattes, la totale, vifs, brillants j’ai envie de dire oralement souvent. Mais alors à l’école c’est la croix et la bannière.

Et le visuel c’est le rêveur. Il est sorti par la fenêtre, donc il rêve, et dans son cerveau droit. Alors apprendre par cœur c’est difficile pour lui aussi. Et c’est pour ça que moi j’utilise : Qu’est-ce que t’entends ? pour les auditifs ; qu’est-ce que tu vois ? pour les visuels ; qu’est-ce que tu fais ? pour les kinesthésiques.  Et ça c’est miraculeux. Y’a pas d’échec scolaire en fait. Si je veux pousser le bouchon jusqu’au bout, si t’es réparé en orthographe et que tu sais utiliser ta tête, c’est terminé tu fais ce que tu veux de ta vie ! Et on peut pas imposer à un gamin… Un enfant qui vous dit « maman je veux être vétérinaire », il est pas bon à l’école, mais surtout ne lui dites pas « tu y arriveras jamais ! ». Non ! « Oui tu veux être vétérinaire ? Génial ! Génial ! ». On est des casseurs de rêves.

Donc effectivement vous êtes pleine d’espoir pour les enfants, ce sont souvent les parents ou les adultes qui sont bloqués, ils sont plus dans l’inquiétude, en gros vous dites « laissez-les faire ? »

Alors je dis pas qu’il faut les laisser faire à foutre le bazar partout, mais il y a des techniques d’approche qu’il faut connaître. Le plus difficile, c’est le pré-ado. Alors lui il veut plus rien, il dit non à tout. Mais bon, si on arrive à instaurer un dialogue, ne serait-ce que sur « qu’est-ce que tu voudrais faire quand tu seras plus grand ? », ça c’est une question qui tue chez les petits : Mais je sais pas, je sais pas moi, y’a rien qui me fait envie ! Ah ! Si, je veux être gamer !

Laissez-les rêver

Bah pourquoi pas ? Parce que demain…on sait qu’il y a 50% des métiers qui sont pas apparus aujourd’hui. Donc pourquoi pas ? Il faut les laisser s’accrocher à un rêve et je crois que c’est ça la base. C’est « laissez-les rêver ! ».

Mais quand c’est le moment de bosser, il faut bosser ! Mais on a 20 minutes pour ça, donc ça, c’est des techniques pour aller vite : la technique de lecture en entonnoir, la technique de synthétiser un texte, répondre à une question. C’est qui ? C’est quand ? C’est où ? C’est pourquoi ? C’est comment ? Voilà t’oublies rien, t’as tous les points. C’est la machine à points : Donne à ton prof ce qu’il veut de toi, voilà, donne-lui ça ! Il veut ça ? Donne-lui ça ! Ça te gonfle, je sais, moi aussi ça me gonfle ! Bah voilà quand tu seras à l’oral du bac avec une carte de géo sur la Russie et ben cause lui de la Russie.

Et puis nous on tourne en rond dans le sens des aiguilles d’une montre

Mais on aura bossé avant et il saura faire vous voyez ? Et puis nous on tourne en rond dans le sens des aiguilles d’une montre ; on part à midi, quand on passe la pendule on coupe toujours tout ce qu’on a à apprendre. On coupe de haut en bas, tout ce qui est schéma, carte… Midi, 6h du matin, 3h, 9h… On a un premier quart, là ! Là, tu peux mettre 7 là-dedans : 7 villes, 7 fleuves, 7 industries, 7 ports…ce que tu veux ! 7 par 7 ! Il les aura et dessine-moi le truc pour t’en rappeler.

Boston, carte des États-Unis, qu’est-ce que je vais dessiner pour Boston ? Moi je vais faire la bosse du dromadaire et le tonnerre. « Bosse-tonne ! ». Donc j’associe à la ville un dessin, mais il faut que ce soit lui qui trouve, c’est ça le but. Dès qu’il a compris qu’on peut apprendre comme ça, en dessinant, le gamin il monte dans sa chambre direct en fait.

Un de vos précédents best-seller, c’était La revanche des nuls en orthographe. Aujourd’hui vous sortez La revanche des têtes à trous, donc la revanche sur quoi ? Vous sous-titrez Comment apprendre à tout âge

Oui c’est ça ! Bah c’est à dire que moi, ce sont mes deux guérisons dont vous venez de parler. La revanche des nuls, c’était l’orthographe, la tête à trous c’était ma tête passoire de petite fille en fait. Donc je crois que si aujourd’hui je me lève chaque jour pour les enfants, pour les ados, pour les adultes en difficulté, c’est parce que je suis convaincue (et j’ai pas de baguette magique) que mes techniques…(vous allez dire Elle a un peu la grosse tête) non, parce que je peux pas mentir à des gens qui sont en difficulté. Les adultes salariés, les accidentés de la vie, non, je peux pas mentir.  Je leur dis juste : C’est mon histoire ! Et si vous croyez dans mon histoire, comment vous voulez que je puisse mentir ? C’est impossible. Donc il faut s’accrocher à ça. Si on a ces 2 techniques là, on peut faire ce qu’on veut de sa vie.

Et ce qui est intéressant c’est justement quand on s’adresse à tous ces cabossés, à tous ces gens qu’on a laissés sur le bord de la route, parce que notre société, ce n’est quand même pas une société de Bisounours. On voit que ça peut servir à autre chose. Ça peut servir à autre chose que simplement lire, écrire. C’est que ça nous redonne la patate, ça nous redonne une niaque, une confiance !

C’est ce que disent les stagiaires : Pourquoi on m’a jamais dit ça avant ? Ça me fait peine et puis d’un autre côté je me dis qu’on aurait pu jamais se croiser, donc c’est déjà pas mal ! Accroche-toi à ça ! Moi je travaille à Mulhouse pour un centre de formations qui s’appelle l’IRFS qui sont mes partenaires en formation continue pour adultes, et j’ai des groupes qu’on appelle les 5C, le C de corps. Pourquoi ils ont mis de l’orthographe là-dedans ? Parce qu’ils font de la boxe, c’est tous des accidentés de la vie, ils ont tout perdu en une nuit parce qu’ils avaient pas bordé les contrats, accident de moto il a plus de jambes… Des gens qui sont au Pôle Emploi et qui doivent repartir dans le monde du travail. Alors ça j’adore bosser avec eux. Parce qu’ils ont tout connu.

Je me souviens d’une petite jeune femme dont le père lui a répété toute sa vie qu’elle était faite pour aller sur le trottoir ! Voilà ! Donc je suis née avec ça, j’ai entendu ça toute ma vie, j’étais faite pour aller sur le trottoir. En fait je les ai pendant 4 jours. C’est rien dans une vie 4 jours, 4 jours pour tout réparer, l’orthographe et les tech. de mémo. Et à la fin, elle est venue me dire : Je suis pas du genre à me confier, mais il s’est passé quelque chose en moi et dans mon cœur, et dans ma tête !

Maintenant je sais que je peux !

Voilà, c’est ça qui me fait me lever tous les jours : Maintenant je sais que je peux ! C’est vrai que quand on accorde avoir avec le COD placé devant, nous, tous ces machins-là on a pas besoin de code et de truc… Moi vous me demandez ce que c’est qu’un épithète ou un attribut je sais pas et pour autant je suis experte en langue française !

Et puis p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non?

P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non !

Anne-Marie Gaignard on va vous retrouver bientôt dans une série de podcasts où vous expliquerez très facilement en quelques minutes des petites astuces.

Oui.

Alors on vous souhaite bonne chance pour La revanche des têtes à trous qu’on trouve dans toutes les bonnes quincailleries.

C’est ça.

À bientôt.

Merci.

Écouter les Astuces d’Anne-Marie Gaignard, sur Radio-Châteaubriant

La revanche des têtes à trous – Anne-Marie Gaignard – Éditions Seuil – 208 pages – Parution : 08/2020

Musiques : Pink Floyd (Lost for words) / Ray Lamontagne (For the summer)

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