Frida Kahlo à Diego Rivera

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Frida Kahlo à Diego Rivera. De l’artiste peintre mexicaine, autodidacte et engagée, décédée en 1954, je retiens une soif de liberté, un caractère tumultueux et fougueux, une femme forte et amoureuse. Frida, la passionnée iconographique d’un Mexique révolutionnaire.

Le corps meurtri et la soif de vivre

Née en 1907, un 6 juillet, à Coyoacán, dans la banlieue de Mexico, de père allemand et de mère mexicaine, Frida porte en elle le double héritage de la vieille Europe et du Mexique précolombien. Elle peint en 1936 « Mes parents, mes grands-parents et moi »[1], où le mariage de ses parents au centre de l’œuvre marque l’alliance entre le nouveau monde et l’ancien. Plus tard, elle rejettera ce dernier, qualifiant de « mierda » ces vieux pays dont il n’y a plus rien à tirer.

C’est dans la maison dite bleue, construite par son père, qu’elle grandit, marchant dans ses pas. Il l’initie à la photographie. À huit ans, une première crise de poliomyélite atrophie sa jambe droite. Elle devient Frida à la « pata de palo », la boiteuse. Ce n’est que le début des souffrances physiques qui l’accompagneront tout au long de sa vie.

Frida – 1932 – par son père Guillermo Kahlo

À dix-huit ans, elle traverse Mexico dans un autobus qui est percuté par un tramway. On retrouve Frida, rare survivante, la colonne vertébrale brisée, la jambe fracturée, le pied écrasé, l’épaule démise et empalée sur une barre de fer. Un ouvrier passager de l’autobus transportait un paquet de poudre d’or, éventré par le choc de l’accident. Les particules précieuses qui recouvrent le corps ensanglanté de Frida Kahlo reflèteront alors la naissance de l’icône surréaliste à l’œuvre picturale étonnante et magistrale.

L’Art de l’auto-portrait

Des années d’opération et de rééducation difficile, l’immobilisent dans un corset et dans sa chambre. Elle choisit alors la lecture et la peinture pour occuper son temps et tarir sa soif de connaissances. On lui installe un miroir accroché à son lit à baldaquin.  « Si je me peins, c’est que c’est le sujet que je connais le mieux ! ». Ses autoportraits signent alors sa griffe singulière et l’art contemporain surréaliste mexicain.

Frida est une artiste engagée, au point de falsifier ses papiers pour naître symboliquement en 1910, année du commencement de la révolution mexicaine. Sa révolte intérieure et son engagement politique font de Frida une femme militante, rebelle et libre. Laquelle de l’artiste ou de la révolutionnaire tomba amoureuse de Diego Rivera ? Probablement les deux.

« Ma nuit m’étouffe du manque de toi …»

« J’ai eu deux accidents graves dans ma vie. L’un, c’est quand un tramway m’a écrasée. L’autre, c’est Diego. » Elle le rencontre en 1927. Diego Rivera, l’artiste communiste déjà célèbre, qu’elle croise lors d’une soirée. Dès le lendemain, elle le sollicite pour recueillir son avis sur ses toiles. Il l’accueille et l’accompagne dans son travail d’artiste. Il la peint et devient son maître et son amant.

Ils se marient en 1929. Les parents de Frida diront d’eux qu’il et elle sont « la colombe et l’éléphant », tant elle semble si frêle et fragile à côté du colosse imposant et puissant. Pourtant, tout les réunit : l’engagement politique, l’amour du Mexique, la palette violente, la lumière et la couleur, l’imagination éblouissante. Le couple mythique est né. Lors d’un des voyages de Diego aux États-Unis, elle écrit cette lettre déchirante « Ma nuit est comme un cœur qui bat » qu’elle ne lui enverra jamais.

« Ma nuit m’étouffe du manque de toi, ma nuit palpite d’amour, celui que j’essaie d’endiguer mais qui palpite dans la pénombre, dans chacune de mes fibres. Ma nuit voudrait bien t’appeler mais elle n’a pas de voix. Elle voudrait t’appeler pourtant et te trouver et se serrer contre toi un moment et oublier ce temps qui massacre. […] Ma nuit voudrait avoir des ailes qui voleraient jusqu’à toi, t’envelopperaient dans ton sommeil et te ramèneraient à moi. Dans ton sommeil, tu me sentirais près de toi et tes bras m’enlaceraient sans que tu te réveilles ».

Frida Kahlo à Diego Rivera, un épisode du podcast de Barbara G. Derivière, Correspondances, sur radio-chateaubriant.com, chaque semaine.

Musiques : Lunette Interlude et Calisson

[1] Peinture à l’huile et à la tempera sur métal (30,7 X 34,5 cm), 1936. Museum of Modern Art, New-York.

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4 commentaires
    • Bonjour et merci pour ce commentaire. Rendez-vous dimanche prochain pour le deuxième épisode du podcast Correspondances, consacré à Albert Camus et Maria Casarès. Bien à vous

  • Bravo pour ces deux lectures si différentes, si passionnantes ! En écoutant celle de Frida Kahlo, je revoyais le haut mur qui entoure la “Casa azul”, sa maison du quartier de Coyoacan à Mexico dans laquelle je n’ai pas pénétré mais que j’ai longée il y a longtemps dans un respect un peu diffus : je n’avais pas encore vraiment découvert sa peinture. Après avoir approché l’oeuvre au Mexique et dans les expositions françaises, le flot de sa parole qui semble charrier tant de choses et tout emporter sur son passage me fascine. Je pensais aussi au “Journal au sanatorium” du compositeur mexicain Silvestre Revueltas et à ses charges de désespoir. A côté, l’écriture granitique de Camus est d’une solidité lumineuse. Je pensais à la réponse de Casarès, à qui on demandait à quoi servait un professeur d’art dramatique : “Mais à se tenir droit !”.
    Je suis impatient d’entendre les prochaines “Correspondances”.

    • Cher Olivier, merci infiniment pour ce charmant et si riche commentaire. L’épisode de dimanche prochain sera consacré à Victor Hugo écrivant à Juliette Drouet. À très bientôt

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