Françoise Sagan à son amant

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Françoise Sagan à son amant, le podcast de la lecture de sa lettre de rupture. Entre humour et chagrin, elle met un terme à leur histoire d’amour, en lui léguant leurs souvenirs, leurs mensonges et leurs projets. Sagan aura aimé comme elle a vécu : intensément et passionnément, et avec autant de talent que de désinvolture.

Françoise Sagan (de son vrai nom Quoirez) naît le 21 juin 1935 à Cajarc, dans le Lot. Son père est issu d’une famille d’industriels du nord de la France.
Elle grandit à Paris, boulevard Malesherbes. Sagan a une scolarité chaotique, régulièrement renvoyée des établissements qu’elle côtoie.

« J’étais assez infernale. Finalement, j’ai été mise à la porte. J’avais pendu un buste de Molière par le cou, avec une ficelle, à une porte, parce que nous avions eu un cours particulièrement ennuyeux sur lui […] ».

À côté de cette scolarité mouvementée, adolescente, elle lit énormément : Les Nourritures terrestres de Gide, L’Homme révolté de Camus, Musset, Rousseau, Le Sabbat de Maurice Sachs, tout Cocteau, les poèmes de Shakespeare, Proust, Hemingway, Fitzgerald, Malraux, et Sartre, avec qui elle deviendra amie plus tard. Elle se lie également d’amitié avec la fille d’André Malraux.

Elle n’obtient son baccalauréat qu’à la session de rattrapage et s’inscrit à la Sorbonne. Jacques, son frère, l’entraîne dans les boîtes de nuit et les clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. Elle y côtoie la jeunesse parisienne bourgeoise et développe un goût pour la fête.

« Vous savez, à cette époque, les filles se mariaient, point final ! Si je n’avais pu écrire, j’aurais voulu être médecin… en fait, je n’aurais jamais eu le courage de faire ces études, ni rien d’autre que d’écrire… ».

Bonjour tristesse

C’est au cours de cette année de faculté qu’elle commence à écrire Bonjour tristesse, dont elle emprunte le titre à un vers de Paul Éluard. Le roman commence par la phrase : « Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse ». Françoise Sagan échoue à ses examens et finit son livre durant l’été 1953, dans l’appartement familial parisien.

En 1954, elle dépose le manuscrit chez Julliard, Plon et Gallimard. Elle signe chez Julliard le 17 janvier. Quand elle annonce à ses parents qu’elle va être publiée, la première réponse fut : « Tu ferais mieux d’être à l’heure pour déjeuner ! ». Son père exige qu’elle écrive sous pseudonyme et Françoise Quoirez devient Françoise Sagan, en référence à un personnage de Proust.

Elle n’a que dix-huit ans. Son premier roman sort en librairie en mars 1954. Deux mois plus tard, Sagan obtient le prix des Critiques et connaît un succès immédiat en librairie.

Un James Dean au masculin

La même année 1954, Hélène Gordon-Lazareff, la directrice du magazine Elle, lui commande une série d’articles sur l’Italie. Elle joue au reporter du sud au nord de la péninsule. L’hebdomadaire titre ses reportages « Bonjour Naples », « Bonjour Capri », « Bonjour Venise »… Dans ces petits textes légers, où chaque ville visitée est comparée à une femme, ce « Bonjour » devient sa griffe.

Son deuxième roman Un certain sourire, dédié à Florence Malraux, paraît en 1956. C’est à nouveau un succès. Happée par la réussite et l’argent, Sagan gagne beaucoup d’argent et fréquente les casinos, notamment à Monte-Carlo. Mais c’est à celui de Deauville qu’elle gagne une nuit, 8 millions de francs. À 23 ans, elle achète des boîtes de nuit à Saint-Tropez et le manoir du Breuil à Équemauville, près de Honfleur.

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Françoise Sagan connaît le succès à 18 ans avec Bonjour Tristesse

Elle devient rapidement, et malgré elle, le symbole d’une génération aisée, insouciante et désinvolte, sexuellement libérée, un James Dean au féminin, au volant de ses voitures de sport luxueuses. Elle incarne un mode de vie et même une mode pour les jeunes gens, avec ses jeans, ses marinières à rayures, ses espadrilles sans chaussettes. Françoise Sagan a tout, dans ces années de prospérité d’après-guerre, d’un véritable phénomène de société, mais elle devient accroc aux opiacés.

Le 13 avril 1957, elle perd le contrôle de son Aston Martin. Ses passagers s’en tirent avec des blessures légères, mais Françoise Sagan aura de multiples fractures (crâne, thorax, bassin, poignet, clavicule). Pendant trois mois à l’hôpital, on lui administrera un dérivé morphinique pour supporter la douleur.

C’est le début d’une nouvelle addiction qu’elle décrit dans son livre Toxique, illustré par des dessins de Bernard Buffet. Ses cures de désintoxication sont un échec, elle se met à boire, ce qui lui provoque une polynévrite qui la fait atrocement souffrir. Désormais la jeune femme libre est devenue dépendante des médicaments, de l’alcool et des drogues.

« La seule chose que je trouve convenable – si on veut échapper à la vie de manière un peu intelligente – c’est l’opium ».

Françoise Sagan est une amoureuse passionnée.

En 1958, elle épouse l’éditeur Guy Schoeller, plus âgé qu’elle de vingt ans, mais elle en divorce en 1960, pour se remarier, deux ans plus tard, avec le mannequin américain Robert Westhoff avec lequel elle a un fils, Denis Westhoff, en 1962 : « Quand on me l’a mis dans mes bras, j’ai eu une impression d’extravagante euphorie […] je sais ce que c’est d’être un arbre avec une nouvelle branche : c’est d’avoir un enfant ».

Elle ne révèle pas sa bisexualité mais pourtant, les histoires d’amour qui comptent dans sa vie sont féminines. Son grand amour est la styliste Peggy Roche, ancienne journaliste de mode (et ex-épouse de l’acteur Claude Brasseur) qui, jusqu’à sa mort en 1991, est sa fidèle compagne.
Elle est très entourée. Elle gagne beaucoup d’argent et se montre très généreuse. Ses livres lui assurent sa fortune mais l’argent lui brûle les doigts. Elle le distribue, comme ses vêtements, ses bijoux et même ses manuscrits dont pas un seul ne parviendra à son fils Denis.

« Contre une cause indigne, je me battrais… »

Comme beaucoup d’intellectuels de sa génération, Sagan marque son engagement politique à travers son implication dans les causes qui lui paraissent indignes. En 1960, elle réalise pour l’Express un reportage à Cuba où elle dénonce les futures dérives autoritaires du régime de Fidel Castro.

La même année, en pleine guerre d’Algérie, elle signe la Déclaration sur les droits à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, autrement appelé le Manifeste des 121. L’Organisation de l’Armée Secrète plastique le domicile de ses parents en guise de représailles.

En mai 1968, elle soutient la cause étudiante. En avril 1971 elle signe le Manifeste des 343 salopes pour le droit à l’avortement. Elle fait également don de ses droits polonais à Solidarność.

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Françoise Sagan – 1985 – Robert Doisneau

Françoise Sagan connaîtra une fin de carrière triste et désenchantée.

En 1988, Sagan est inculpée pour « usage et transport de stupéfiants » pour 250 grammes d’héroïne et 250 grammes de cocaïne. Après la mort, en 1989, de son frère Jacques, et la disparition prématurée en 1991 de sa compagne Peggy Roche, l’auteure de Bonjour Tristesse sombre dans le chagrin. Dans les années suivantes, elle perdra également ses parents, son ami Jacques Chazot, et Robert Westhoff le père de son fils.

En 2002, elle est condamnée pour fraude fiscale, après l’affaire ELF. Elle était intervenue auprès de François Mitterrand, en faveur de l’industriel André Guelfi. En contrepartie de son appui, il avait investi 4 millions de francs dans la restauration du manoir de l’écrivaine. Une somme qu’elle n’avait pas déclarée aux impôts. Ruinée, démunie et privée de chéquier, elle se réfugie chez sa nouvelle compagne, Ingrid Mechoulam. Elle prendra soin de Sagan les 12 dernières années de sa vie.

Elle rédige elle-même son épitaphe en guise d’adieux.

Françoise Sagan meurt, le 24 septembre 2004, d’une embolie pulmonaire à l’hôpital de Honfleur. Un ultime roman, Les Quatre Coins du cœur, retrouvé à l’état de manuscrit sera publié quinze ans après sa disparition.

« Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même ».

 

Françoise Sagan à son amant, le huitième épisode de l’émission Correspondances, par Barbara G. Derivière, sur Radio-Châteaubriant.

Musique : Calisson et Sidney Bechet (Si tu vois ma mère) / Juliette Gréco (Bonjour tristesse)

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4 commentaires
    • Merci infiniment pour votre commentaire. J’espère que vous aimerez le prochain épisode, sur un tout autre registre. Bien cordialement. Barbara

  • Quel joli moment que cette écoute ! Parce que Sagan m a toujours intrigué,tant la femme que ses écrits…et que ce texte magnifique sur la fin d un amour est magistralement bien lu et incarné par Barbara…Merci beaucoup !

    • Merci pour ce commentaire. Un bel encouragement à poursuivre ces lectures qui me remplissent moi-même de belles émotions. Rendez-vous dimanche prochain alors ? :). Bien cordialement. Barbara

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