En 2020, Beethoven est assurément toujours aussi fascinant.

La Folle Journée de Nantes propose par nature une immersion totale dans l’œuvre d’un compositeur ou dans un univers musical défini par une thématique. Cette édition 2020, à la faveur du 250e anniversaire de la naissance de Beethoven, a la particularité d’associer ces deux angles d’approche pour dresser un portrait du compositeur à la mesure de son audace et de sa modernité, et le faire entendre autrement : l’immense catalogue beethovénien est proposé dans sa quasi-totalité, mais il est également mis en résonance avec tout un répertoire, classique et moins classique, inspiré et généré par l’art novateur du maître allemand.

Tout Beethoven

L’œuvre original est au centre de ces cinq jours de festivités. La Folle Journée voit toujours grand et exhaustif. Presque toute la musique de Beethoven est ainsi proposée, faisant déferler les chefs-d’œuvre comme les pièces moins familières de la scène : intégrales de la musique pour piano (dont les trente-deux sonates, les variations…), des neuf symphonies, des concertos (pour piano, pour violon, Triple Concerto), de la musique de chambre (sonates pour violon et piano, pour violoncelle et piano, trios, quatuors à cordes), et présentation d’une grande partie de la musique chorale (Missa solemnis, Fantaisie chorale, cantate, messe…) et des mélodies (Volkslieder, cycles et lieder isolés).

Toute la jeune génération d’interprètes est là pour s’approprier cet œuvre d’une richesse infinie – au piano (les deux lauréats du Concours Tchaïkovsky notamment) mais aussi au violoncelle (Anastasia Kobekina, Victor Julien-Laferrière…), au violon (Ayana Tsuji, Mi-Sa Yang…) ou encore à la flûte (Joséphine Olech…).

De l’Oeuvre générale à la création en passant par la transcription

Mais La Folle Journée va plus loin encore, ce qui la démarque des commémorations qui partout fleurissent dans le monde en cette année 2020.

« L’œuvre de Beethoven ne s’arrête pas à la mort du compositeur, explique René Martin, directeur artistique de la manifestation. Il s’est perpétué bien au-delà, grâce à des compositeurs contemporains ou postérieurs à Beethoven, qui ont immédiatement perçu son génie et voulu le diffuser en le transcrivant. Au XXe siècle, la démarche consistera à puiser dans cet œuvre pour le citer. La Folle Journée donne donc à entendre Beethoven, mais aussi sous la plume d’autres grands talents qui l’admiraient. »

Qui dit admiration dit transcription – c’est le premier chemin de traverse emprunté par cette édition 2020, qui valorise la diversité des formations invitées et des compositeurs présentés : la liste est longue de ceux qui s’y sont essayé, souvent des élèves, proches du maître et de son œuvre. Beethoven le premier, dans un souci de diffusion de ses œuvres, métamorphose son Concerto pour violon en Concerto pour piano, adapte son Concerto pour piano no 4 pour piano et quintette à cordes à deux altos ou encore sa Symphonie no 2 pour trio avec piano…

La Folle Journée offre une part de sa scène à ces belles inconnues rares au concert : la splendide réécriture pour violon, alto, violoncelle et piano de la Symphonie no 3 par Ries, celle de la Septième par Hummel pour la combinaison originale flûte, violon, violoncelle et piano, les adaptions des neuf symphonies pour un piano plus que virtuose de Kalkbrenner, ou encore la transcription de la Symphonie no 9 pour piano et chœur, dont un concert exceptionnel permettra d’entendre les différents mouvements signés respectivement de Liszt, Wagner et Kalkbrenner.

« Nous proposons également, précise René Martin, le Concerto pour piano no 0, reconstitué par Willy Hess d’après un manuscrit retrouvé dans les années 1950.»

À ces transcriptions s’ajoutent les hommages, qui se multiplient jusqu’à aujourd’hui, de Schumann, Saint-Saëns, Reger, Mauricio Kagel, André Boucourechliev, Pierre Henry ou John Adams…

Alexandre Kantorow – Astrig Siranossian – Ensemble Aedes – Nelson Goerner
Liya Petrova – Julien Martineau – Lars Vogt

DES VOYAGES INÉDITS AU CŒUR DE L’UNIVERS BEETHOVÉNIEN

« Au-delà des frontières de la musique classique, ajoute le directeur artistique, Beethoven a suscité depuis plusieurs années d’étonnantes créations dans le domaine du spectacle musical, du jazz, de la vidéo ou des musiques actuelles. C’est ce vaste panel que nous souhaitons faire découvrir. »

Cette nouvelle Folle Journée déborde donc largement du répertoire classique pour faire gagner au corpus beethovénien une autre dimension, invitant le steel band, le quatuor de saxophones, la harpe et même le clavecin, ou encore des spectacles singuliers offrant de renouveler son écoute.

La création de Beethoven at Night (commande) imaginée par le pianiste jazz Paul Lay et le vidéaste Olivier Garouste, l’expérience immersive et interactive After Silence: Beethoven and Beyond de Voces8 (commande), la Sonographie (film-objet) de la Xe remix de Pierre Henry (commande), l’incroyable initiative de Steve Hackmann sur la Symphonie « Héroïque » (Beethoven versus Coldplay), les improvisations du harpiste Park Stickney ou encore les concerts des très contemporains 12ensemble ou Links conduiront à des voyages inédits.

Tout comme l’enquête menée au cœur des sonates pour piano Looking for Beethoven d’un Pascal Amoyel seul en scène, l’exotique Beethoven et La Havane du pianiste jazz Joachim Horslaey ou le spectacle Neuf de l’accordéoniste Félicien Brut entouré des cordes sensibles du Quatuor Hermès et d’Édouard Macarez…

En 2020, Beethoven est assurément toujours aussi fascinant.