Du cadavre au bistouri, du bistouri au doigt

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Du cadavre au bistouri, du bistouri au doigt. Un podcast de l’émission Rouges-Jardins dans lequel Guy Grandjean nous raconte l’histoire de deux scientifiques hongrois, Ignace Semmelweis et Katalin Karikó. De la découverte de la notion d’infection à l’élaboration des vaccins, ils ont en commun la recherche des moyens de lutte contre les bactéries et les virus, mais aussi le combat contre les préjugés et les mauvaises habitudes.

La cata pour le coro, Katalin Karikó. Je trouve ça rigolo, personne ne connait Katalin Karikó. Laissez-moi vous la présenter, d’une courte histoire des gestes barrière.

L’immense majorité des virus sont nos amis

Si l’immense majorité des virus sont nos amis, une centaine d’espèces de virus peuvent nous agresser. Entre le rhinovirus du nez qui coule, et l’effroyable virus de la rage, chaque virus a sa personnalité. Entre ces virus et nous, s’est écrite une histoire encore courte de barrière.

La Hongrie a vu naître deux créateurs de gestes barrière, Ignace et Katalin. Ignace, un prénom dérivé d’Ignis, le feu, comme dans ignifuge. Ignace Semmelweis. Katalin, Catherine, vient de Katharos, les Cathares, la pureté. Katalin Karikó.

Vers 1850, même les médecins hospitaliers ne se lavent pas les mains. La notion de microbe n’existe pas encore, mais Ignace est un observateur pointu. En trifouillant un cadavre, un de ses collègues se blesse à la main avec un bistouri. Quelques jours plus tard, il meurt d’infection généralisée. Ces mêmes mains qui accouchent les femmes, dans le même hôpital.

Ignace comprend

Quelque chose de morbide, une substance cadavérique, est passée du cadavre au bistouri, et du bistouri au doigt. La substance passe des mains des médecins aux femmes qui accouchent, et provoque l’infection.

Ignace comprend. Comprendre, « cum prehendere » prendre ensemble. Comprendre, faire un lien entre deux observations, deux faits. Cette compréhension peut être bouleversante. Elle peut changer la vie, elle va changer la sienne.

Pour Ignace, cette observation est heureuse, exaltante, sidérante, mais aussi dramatique. Elle met le feu dans les pratiques, les habitudes de l’époque chez des personnes hautement considérées. Habitudes qui faisaient des accoucheurs, des meurtriers.

Les hommes se sentent libres, chantent la liberté, la chérissent même, mais s’avèrent peu enclins à changer d’habitudes, même obsolètes, voire délétères. Étrange paradoxe. À la fin de sa vie, il traitera ses collègues, imperméables au changement, de crétins dangereux. Ce qu’ils étaient objectivement, dans l’exercice de leur profession. Mais ces attaques, écrites, documentées, itératives peuvent tisser ce que les psychiatres appellent une paranoïa, qui peut envahir au point d’empêcher toute vie sociale.  C’est dans un asile d’aliénés qu’Ignace sera enfermé.

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Katalin Karikó, tout sourire © Matthew McDermott

La vaccination, le masque et le lavage des mains

Les gestes barrière, en cas d’infection se répandant par voie aérienne, sont par ordre d’importance, c’est-à-dire d’efficacité : la vaccination, le masque ou/et la distanciation physique, et le lavage des mains.

Katalin Karikó, une biochimiste hongroise, s’est heurtée longtemps à l’indifférence, voire l’hostilité de ses pairs, mais n’a jamais sombré dans l’amertume. Son envie de biologie est née très tôt, dans l’atelier de son père, boucher, où elle observe les carcasses. La Hongrie de cette époque ne peut satisfaire sa passion, et elle partira aux États-Unis, en toute illégalité, avec sa famille.

Katalin Karikó et l’ARN messager

Elle a toujours préféré comme objet de recherche l’ARN messager à l’ADN. Se servir d’outils biologiques puissants, mais sans entrer dans le noyau, le sanctuaire. Sans risquer d’inévitables complications en modifiant l’ADN, le cœur de notre délicate machinerie biochimique, pense-t-elle. Alors que dans les années 1980, la plupart des biologistes qui travaillent en médecine pensent ADN, rêvent ADN, chantent ADN !

Le mécano moléculaire, la synthèse des protéines

Elle a travaillé sur deux étapes importantes permettant l’usage de cette molécule complexe : la modifier pour éviter les réactions inflammatoires excessives de l’organisme. Puis l’enrober dans une bulle lipidique pour la protéger, et permettre le franchissement de la membrane cellulaire. Elle peut alors initier le mécano moléculaire, la synthèse des protéines.

En 2012, après une injection intramusculaire d’ARN messager codant pour l’hormone EPO, bien connue des sportifs, les chercheurs réussissent donc à guérir des souris souffrant d’anémie. L’horizon des possibilités thérapeutiques de cette technique s’élargit d’un coup. Les financements affluent.

Tous les vaccins à ARN messager disponibles actuellement sont issus des travaux de Katalin, repris bien sûr par d’autres équipes.

Mais qui la connait ?

Du cadavre au bistouri, du bistouri au doigt et les autres épisodes du podcast Rouges-Jardins de Guy Granjean, sont à écouter sur Radio-Châteaubriant.

Musiques originales du générique composée par David Tuil.

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