Cool as a Cucumber

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A Cup of Tea

Cette semaine Sandrine Roufenche et Christelle Maubry décryptent pour nous l’expression anglaise Cool as a Cucumber. Un podcast tout frais à écouter avec une tasse de thé ou une pinte de Guiness.

Cool as a Cucumber

Bonjour bonjour, aujourd’hui, nous avons le plaisir de vous parler d’une expression qui nous a fait bien rire et qui, nous l’espérons, vous plaira également.  Il s’agit de cool as a cucumber. Je vous rassure, cette expression est communément utilisée quelle que soit la saison, qu’il fasse chaud ou froid.

Prenons un exemple: She walked in as cool as a cucumber as if nothing had happened.  Le contexte est posé avec le comme si rien ne s’était passé ; la dame reste imperturbable. Oui, imperturbable, pas littéralement froide comme un concombre. Remarquez, ce pourrait être rigolo.

Le synonyme de cool as a cucumber, c’est bien entendu cool, calm and collected. On retrouve dans les deux expressions le même amour de l’allitération en trois C. A noter en passant qu’on ne prononce pas le L dans calm ; on prononce un A long, marquant l’ellipse du L.  On dit bien cool, calm and collected. Mais, on y reviendra plus tard.

Première utilisation dans la littérature anglaise

Si l’on revient en arrière, on s’aperçoit que la première fois que l’expression a été utilisée, c’est en 1732. On la retrouve en effet dans le poème de John Gay, New Song on New Similes. Nouvelle chanson sur les nouvelles images. Le voici, pour votre plaisir :

My passion is as mustard strong ;
I sit all sober sad ;
Drunk as a piper all day long,
Or like a March-hare mad.
Round as a hoop the bumpers flow ;
I drink, yet can’t forget her ;
For, though as drunk as David’s sow,
I love her still the better.
Pert as a pear-monger I’d be,
If Molly were but kind ;
Cool as a cucumber could see
The rest of womankind.

Pour le situer, John Gay est né le 30 juin 1685 à Barnstaple, dans le Devon en Angleterre, et mort le 4 décembre 1732 à Londres. C’est un poète et un dramaturge anglais. Il est surtout connu pour avoir écrit le livret de L’Opéra des Gueux, sur une musique de Johann Christoph Pepusch.  Ça vous parle ?  C’est bien ce que je pensais.

Le point grammaire du jour

Passons à présent au point grammaire du jour, comme d’habitude.  Aujourd’hui, nous allons porter notre attention au comparatif d’égalité trouvé dans l’expression du jour.  Dans as cool as a cucumber, on retrouve la formule grammaticale [as adjectif as article nom]. Ici, on ne fait pas de distinction entre les adjectifs longs et les adjectifs courts.  Le premier as peut se traduire par aussi et le second par que. Bon à savoir, pour la forme négative, les anglais optent plus facilement pour [not so adjectif as] au lieu de [not as adjectif as].  Retenez également que l’on peut remplacer l’adjectif de la formule par un participe passé à valeur d’adjectif (I’m as bored as an unopened book in a library), un adverbe (your cake turned out as lovely as in my memories) ou un adjectif composé (Madonna is as well-known as Michael Jackson).

Penchons-nous à présent sur l’histoire de cette expression. Il y a une croyance populaire vieille du XVIIIe siècle qui a été vérifiée par la science dans les années 197o qui disait que lors des grandes chaleurs, les champs de coton étaient l’endroit idéal où se réfugier. En effet, dans les champs, à l’abri des feuilles, il faisait environ 7 à 10 degrés Celsius de moins. Ce qui nous rapproche de la première définition du mot qui est frais, froid.

Et en français, ça donne…

Cet endroit idéal, c’est précisément ce que l’on va retrouver dans l’équivalent en français de cette expression. Vous l’aviez en tête, être d’un calme olympien est bien l’équivalent de l’expression du jour. Le fameux calme olympien caractérise une personne imperturbable, dotée d’un calme noble et majestueux digne des dieux. Rien de plus, rien de moins. Il y a trois origines possibles, l’une étant le calme d’Héra face aux multiples conquêtes de Zeus, une autre la grandeur de Zeus, roi de l’Olympe, être divin à l’origine de toutes les dynasties de l’époque antique romaine et qui serait représenté dans toute la splendeur de la puissance et de la majesté sous les traits d’un homme mûr, musclé, à l’air calme, doté d’une allure royale, au visage doux et au gestes paternels.

Il serait donc possible que ces représentations d’un dieu pacifique, père de toutes les nations, soient à l’origine de l’expression être d’un calme olympien. La troisième explication viendrait de Homère qui dans L’Iliade et l’Odyssée décrivait l’Olympe, le royaume des dieux comme un lieu extrêmement paisible où ces dieux vivaient dans le bonheur absolu ; ceci pouvant appliquer notre expression française non seulement aux humains mais aussi à des endroits paisibles et calmes. C’est en cela que l’on retrouve l’idée de lieu-clé décrit avec la fraîcheur trouvée dans les champs de concombres.

Le flegme anglais

Il faut savoir que depuis les années 193o, l’adjectif est devenu synonyme de branché, dans le coup et c’est en tant que tel qu’il est entré dans le français courant. C’est donc un emprunt que nous avons fait à l’anglais, en lui attribuant le sens d’être in, alors qu’à l’origine, cool veut dire froid, comme on vient de le voir.

On peut aussi penser ici que la chaleur a un impact au niveau physique. On parle d’insomnies, de fatigue intense, de troubles de l’humeur. A savoir que le flegme anglais ne supporte pas de telles variations de l’humeur. Rester de marbre est de rigueur.  Cool, calm and collected en toutes circonstances. Ou cool as a cucumber. Vous choisissez.

Dans l’aspect de détente, de relaxation, on n’omettra pas de parler de la couleur du dit concombre, qui est d’un vert flamboyant, brillant, une couleur on ne peut plus relaxante.

De cool as a cucumber à cucumber sandwiches

Sur ce, nous allons de ce pas faire un sandwich au concombre : détente assurée. Les concombres, nous avons pu l’apprendre en rédigeant ce podcast, étaient cultivés en Inde depuis 3ooo ans, mais c’est bel et bien nos amis britanniques qui ont eu l’idée de le mettre dans un sandwich.  Le fameux cucumber sandwich que vous connaissez bien.  But of course !

Les premiers concombres sont arrivés en Angleterre à la fin du XIVe siècle, mais l’idée de les placer entre deux tranches de pain de mie ne date que de l’époque victorienne de 1837 à 1901, quand ils commencèrent à être servis à l’heure du thé, l’après-midi. À l’époque édouardienne, les concombres furent cultivés en Angleterre toute l’année sous serres chauffées (à l’époque, charbon et main-d’œuvre étaient bon marché). La Vallée de Lea dans le Hertfordshire (au nord de Londres), devint la capitale anglaise du concombre. Des agriculteurs siciliens y produisaient 80 millions de concombres par an !

L’habitude des Cucumber Sandwiches se répandit ensuite dans toutes les colonies (Inde, en Afrique et en Australie), au même titre que la tradition du thé. Le plus surprenant est que cette tradition gagna vite l’Inde, devenant un symbole de richesse associée au mode de vie opulent dans le Raj. C’est le concombre qui se mord la queue !

Sachez tout de même que le sandwich au concombre a été reconnu par des scientifiques américains comme « la meilleure chose à manger pour régler la température corporelle et réduire la déshydratation pendant une vague de chaleur » ». Eh oui !!

Allez, à très bientôt pour un nouvel épisode du podcast A Cup of Tea, sur Radio-Chateaubriant.

Sources :
Cool as a Cucumber
Etre d’un calme olympien
Le sandwich au concombre

Visuel : ©Alain Moreau.

Musique : ©Rally by Galen Huckins.

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