Colette à sa fille

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Colette à sa fille, une correspondance où l’auteure de Chéri n’apparaît ni comme la femme sulfureuse, ni comme l’écrivaine célèbre. Mais seulement comme une mère, donnant un simple conseil à sa fille unique, Colette de Jouvenel : celui de ne pas fumer. J’y découvre une Colette pleine de sagesse, décrivant les affres de l’addiction et des mauvaises habitudes.

Femme de lettres multi-facettes, ayant aussi exercé comme mime, comédienne ou journaliste, Sidonie-Gabrielle Colette, ou Colette, est l’une des romancières françaises les plus populaires du début du XXe siècle.

En véritable pionnière, célèbre – et célébrée – dans le monde entier, elle aura osé, tout au long de sa carrière littéraire, mais aussi de sa vie personnelle, des prises de position polémiques, voire scandaleuses pour la France de l’époque. Ouvertement bisexuelle, Colette revendique à travers ses romans des thèmes qui la distinguent radicalement de ses contemporains, comme l’émancipation féminine et les plaisirs de la chair.

Les mots, toujours justes, simples, et criants de vérité, résonnent encore aujourd’hui avec force dans la mémoire collective française et internationale.

Une enfance modeste mais érudite

Sidonie-Gabrielle Colette nait le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye, en Bourgogne. Adorée et choyée par sa mère, qui lui transmet cette passion pour la liberté, le jeu et l’aventure, Colette vit une enfance heureuse dans sa maison natale, au sein de cette famille aux revenus modestes.

Si sa mère, féministe et athée convaincue, tient à lui donner une éducation placée sous le signe de la laïcité, la jeune Gabrielle découvre également le plaisir des lettres, de la langue française, et de l’écriture auprès de son père, fervent lecteur de journaux.

Elle s’initie d’ailleurs très jeune aux grands classiques de la littérature. Entourée de ses animaux et de l’amour de ses proches, la jeune fille grandit dans la maison familiale de Saint-Sauveur-en-Puisaye jusqu’en novembre 1891, lorsque la famille, ruinée, se voit obligée à s’installer à Châtillon-sur-Loing, dans le Loiret.

La découverte des cercles littéraires parisiens

Gabrielle est encore adolescente lorsqu’elle rencontre Henry Gauthier-Villars, critique musical et auteur populaire particulièrement influent dans la France de l’époque. La jeune femme tombe rapidement sous le charme de ce séducteur invétéré que l’on surnomme « Willy », et l’épouse le 15 mai 1893.

Le couple s’installe alors à Paris, au 55, quai des Grands-Augustins, au dernier étage de l’immeuble de la maison d’édition Gauthier-Villars, dont Willy est en partie propriétaire. Impressionné par le talent d’écriture de sa jeune et timide épouse, Willy l’introduit rapidement dans les cercles mondains littéraires de la capitale, où Gabrielle Colette commence peu à peu à se faire un nom au milieu des romanciers et musiciens de l’époque, amusés par son accent bourguignon.

Mais le jeune Don Juan n’hésite pas non plus à se servir de Colette comme nègre littéraire pour ses propres romans. C’est ainsi qu’il lui demande, en 1895, d’écrire ses souvenirs d’enfance ; le roman, qui paraîtra sous le titre de Claudine à l’école, et le seul pseudonyme de « Willy », sera en 1900 le premier de toute la série des Claudine. Face au succès retentissant du premier roman, Willy incite alors sa femme à produire 3 autres livres de la même série.

Les années sulfureuses

Lasse de ce climat de « domination » conjugale, auquel s’ajoutent les différentes aventures amoureuses de son mari, Gabrielle Colette se sépare de Willy en 1906, avant d’entamer une relation sentimentale – inavouable à l’époque – avec la baronne Madeleine Deslandes. Symbole de la fin d’une histoire, Colette signera d’ailleurs de son nom le dernier roman de la série des Claudine, La Retraite Sentimentale (1907).

Afin de gagner sa vie, Colette entame parallèlement une carrière au music-hall, en se produisant dans des spectacles de pantomime à Paris et en province ; des représentations souvent teintées de polémique et de scandales autour des tenues légères, mais aussi des relations ouvertement homosexuelles (notamment avec sa partenaire sur scène Mathilde de Morny, dite « Missy »), de la jeune artiste.

Ces années dans le monde du spectacle, Colette les vit comme une véritable libération morale après l’échec de son premier mariage. Autant de souvenirs qu’elle évoque d’ailleurs à plusieurs reprises dans La Vagabonde (1910), qui manque de peu le Prix Goncourt, ou encore L’Envers du Music-Hall (1913). Car malgré les scandales à répétition, la jeune femme n’en oublie pas pour autant sa carrière montante d’écrivaine.

La consécration littéraire

En 1912, Colette épouse en seconde noces le journaliste Henry de Jouvenel, qui lui confie quelques missions d’écriture au journal Le Matin. De cette union naîtra sa seule et unique enfant, Colette de Jouvenel, affectueusement surnommée « Bel-Gazou ». Mais en 1923, alors que son mari la trompe et que Colette elle-même entame, à plus de 40 ans, une liaison avec le fils de son époux, de 17 ans, le couple divorce. Des romans tels que Chéri (1920) ou Le Blé en Herbe (1923) reprennent allègrement ces thèmes. Vers 1925, Colette rencontre son troisième époux, Maurice Goudeket.

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Colette et sa fille, Colette de Jouvenel dite “Bel Gazou”, vers 1918. Source : Société Les Amis de Colette

C’est après la guerre que la notoriété de Colette explose véritablement. Élue à l’unanimité à la prestigieuse Académie Goncourt, qu’elle présidera en 1949, elle publie ses œuvres complètes en 15 volumes, dont certaines, comme Gigi (1944), sont adaptées au théâtre et/ou sur le petit écran. Les récompenses et distinctions affluent. En 1953, Colette est faite Grand Officier de la Légion d’Honneur.

Les dernières années de la vie de Colette

Immobilisée dès 1943 par une poli-arthrite qui lui fait perdre, peu à peu, ses facultés motrices, la vie de Colette prend un autre tournant. Alitée, mais épaulée par son mari, elle poursuit son œuvre littéraire depuis la fenêtre de son appartement parisien, qui lui offre une véritable porte de sortie vers le monde extérieur. À la fin des années 1940, rongée par la maladie, sa production littéraire diminue de fait progressivement.

Colette s’éteint le 3 août 1954, à Paris. En dépit du refus de l’Église catholique de lui donner un enterrement religieux, la France honore sa romancière populaire, faisant d’elle la deuxième femme, après Sarah Bernhardt, à obtenir des funérailles nationales dans la Cour d’Honneur du Palais-Royal, le 7 août 1954. Aujourd’hui, de nombreuses associations et musées, dont la Société des Amis de Colette, continuent de faire vivre la mémoire d’une des plus grandes dames de la littérature française, pionnière de son époque.

” Une lettre est un objet sacré qu’aucune vente ne doit profaner : c’est un scandale intolérable que de disperser aux quatre vents des pensées, des impressions, connues seulement de deux personnes. Colette

Colette à sa fille, un épisode de l’émission Correspondances, par Barbara G. Derivière, sur Radio-Chateaubriant.com

Musiques : Calisson et Billie Holiday (Strange fruit) et Sanseverino (La cigarette)

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2 commentaires
  • Pour s’imposer dans la société comme a fait Colette il faut avoir beaucoup de talents, une richesse de connaissances, une grande culture, un fort caractère, savoir ce que l’on veut, être déterminé et la volonté de ne pas se laisser conditionné et ne pas avoir peur de ceux que les autres peuvent penser de nous. Toutes très rares qualités de nos jours.

    • Merci beaucoup pour votre commentaire. La volonté de Colette est en effet une qualité rare. Sa liberté d’être et de penser également. À bientôt pour d’autres correspondances. Barbara

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