Carine raconte sa grand-mère : Odette Nilès

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Carine raconte sa grand-mère : Odette Nilès. Comme chaque mois d’octobre, la Sablière à Châteaubriant est le théâtre des commémorations des fusillés du 20 octobre 1941.
Cette année, 2020, c’était le 79 è anniversaire. L’occasion de rencontrer Carine Picard-Nilès, la petite fille d’Odette Nilès, héroïne, bien malgré elle.

C’est la femme de ma Vie…

« Châteaubriant, pour moi, c’est tout plein de souvenirs d’enfance. Tout plein de souvenirs que je partage avec mon père et avec mes grands-parents. Puisque depuis que je suis toute petite depuis que mon père, lui était tout petit, on vient à Châteaubriant aux cérémonies commémoratives pour les 27 fusillés.  Ma grand-mère, elle était internée au camp de Châteaubriant et mon grand-père lui et interné à Voves. Mais ils se sont retrouvés dans cette association de familles d’internés, de fusillés qui a été créée en 1945, le 30 septembre 1945. On est le 75e anniversaire cette année de la création de cette amicale. Ils sont dedans depuis pratiquement le début.

Moi, c’est de venir chaque année à cette commémoration. Et puis depuis, maintenant 5/6 ans je suis devenue la secrétaire générale de cette association. 

J’ai repris le flambeau de mes grands-parents

Je dis souvent c’est un peu…, ma grand-mère aujourd’hui_mon grand-père est décédé depuis bientôt 19 ans_Et ma grand-mère reste là ce que j’appelle la femme de ma vie. On est très proches toutes les deux, depuis tout petite, j’étais pratiquement élevée, je suis très proche de mes parents, mais j’étais pratiquement élevé par mes grands-parents,  donc ça a été un peu elle qui m’a accompagnée dans toute ma vie et elle m’a toujours parlé de l’Amicale elle m’a toujours parlée de ce qu’elle avait vécu toujours par des petites des petites anecdotes.  J’ai appris tout ce qu’elle avait vécu au camp par des anecdotes qui ont accompagné ma découverte de l’adolescence,  des premiers amours.

Avoir 20 ans au camp d’internement

Et c’est là qu’elle m’a parlé de Guy Môquet, de ce qu’elle a vécu  avec Guy. De ce qui ne s’était pas concrétisé entre guillemets. Il lui a fait dans le petit mot ” Tu ne m’as pas donné ce que tu m’avais promis…”  Qu’était le baiser qu’il devait avoir.

Elle m’a toujours accompagnée dans ma vie, comme toujours avec plein d’anecdotes. Quand elle a été arrêtée. Comment elle a rencontré et découvert ce que c’était une prostituée. Elle n’en avait jamais vue. Elle avait 17 ans et demi. A cet âge là quand on vit en région parisienne. Drancy était une petite ville.

Comment elle a  vécu le camp. Cette fraternité qui s’est développée entre ses copines. Ce petit groupe de 6 filles, “Les Bistouillardes” . Moi, ça a accompagné toute ma vie. Le petit landau dans lequel, moi, mes parents m’ont mise, c’était aussi un landau qui avait circulé entre les les filles, les petites filles. On se connaissait tous, c’était une grande famille.

Cette fraternité

Aujourd’hui ma grand-mère est la seule qui reste.

Cette fraternité qu’elles avaient, qu’on retrouve nulle part je pense. Elle étaient soudées. Ce qui leur a permis de vivre à peu près correctement au camp, quand on est enfermé, quand on a 17 ans.

J’ai un petit poème que je sortirai l’année prochaine pour le 80è anniversaire des fusillés. Un petit poème de ses 20 ans qui a été écrit au camp.

Avoir 20 ans au camp. Ça fait écho, à ce qu’on disait, en ce moment, l’actualité….

Avoir 20 ans pendant le confinement, avoir 20 ans avec la pandémie virale, avec comment dire ?… Le couvre-feu, c’est très particulier. Bah, … avoir 20 ans encore d’internement. C’est des histoires qui font écho. Voilà. J’ai été bercée par tout ça. Ça m’a constituée, ça a permis aussi d’élever mes enfants. Je les ai élevés aussi un peu comme ça avec cette idée de fraternité de partage. Donc voilà un petit peu toute ma vie Châteaubriant… »

Retrouvez Carine raconte sa grand-mère : Odette Nilès et les autres épisodes du podcast Mémoires, consacré à des morceaux de vie.

Visuel : Odette Nilès, il y a quelques années à la Sablière © Alain Moreau.

 

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Commentaire
  • A un moment où le sens des mots est souvent dévoyé , ainsi celui de”collabo”…merci de rappeler , notamment aux jeunes générations, qui étaient vraiment des personnes comme votre grand mère, ainsi que ses camarades de combats , en ces circonstances historiques dramatiques,et qui ont été déterminantes pour l’avenir de notre pays…

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