Albert Camus à Maria Casarès

Entre Albert Camus et Maria Casarès, ce fut 15 années d’échanges épistolaires intenses. Le 6 juin 1944, jour du Débarquement, Maria Casarès et Albert Camus débutaient une belle relation amoureuse. Celle-ci prendra fin l’avant-dernier jour de 1959, juste quelques jours avant la disparition de l’auteur de La Peste.

Une passion charnelle autant qu’intellectuelle

En 1944, Albert Camus a 30 ans, Maria Casarès, neuf de moins. Ils se rencontrent chez Michel Leiris. L’écrivain est seul à Paris. Il confie à Maria Casarès le rôle de Martha pour la création du Malentendu en juin 1944. Ils rompent rapidement. Camus est marié depuis 1940 à Francine Faure, restée loin de la guerre, enseignante à Oran. Francine lui donne en 1945, des jumeaux, Jean et Catherine. L’actrice et l’écrivain se croisent sur les boulevards parisiens en juin 1948 et renouent leur liaison. Et dès lors, il et elle n’auront de cesse de s’écrire. Ils parlent d’eux et de ce qui les anime : une passion charnelle autant qu’intellectuelle.

L’année 1950 fut la plus féconde en échanges de courriers entre Maria et Albert, au faîte de sa gloire. Des courriers, enflammés, drôles, cocasses, où le quotidien prend tout à coup une dimension dramatique. De Maria Casarès, arrivée de sa Galice natale en France à l’âge de 14 ans, le public connait la tragédienne. Il la découvre ici, écrivaine passionnée : « cette zone vibrante qui m’émeut autant que la présence d’un enfant dans mon ventre ».

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Albert Camus et Maria Casarès – Théâtre Hébertot – 1950

« Si tu étais là… »

« Ce soir, j’ai envie de venir vers toi parce que j’ai un cœur lourd et que tout me paraît difficile à vivre. J’ai un peu travaillé ce matin, pas du tout cet après-midi. C’est comme si j’avais oublié mon énergie et ce que j’ai à faire. Il y a comme ça des heures, des journées, des semaines où l’on dirait que tout vous meurt entre les mains. Toi aussi tu connais cela. » Et plus loin : « Si tu étais là, tout serait plus facile…

Ce soir je me demande ce que tu fais, où tu es et ce que tu imagines. Je voudrais avoir la certitude de ta pensée et de ton amour. Je l’ai parfois. Mais de quel amour peut-on être sûr ? Un geste, et tout peut se détruire, au moins pour un moment.

Après tout, il suffit d’un être qui te sourit et qui te plaise et, pendant une semaine au moins, il n’y a plus d’amour dans ce cœur dont je suis si jaloux ».

Cette somme de lettres échangées est hors du commun. Immense, intense, dévorante.

Je vous invite à découvrir celle qu’Albert Camus adresse à Maria Casarès le 7 juillet 1944, qui me bouleverse et me transporte, et dans laquelle il se lamente d’être éloigné d’elle.

Camus dans le domaine public en format numérique

Dès 2010, l’œuvre d’Albert Camus apparait dans le domaine public au Canada. En effet, leur législation permet une diffusion libre des œuvres d’un auteur, 50 ans après sa mort. En France, la réglementation l’autorise 70 ans après. Concernant Camus, il faudra donc attendre 2030 pour y avoir accès dans l’hexagone. Cette diversité de règlementations requestionne le sujet de l’usage du web qui ne connait pas de frontières. La responsabilité du respect des lois repose sur l’internaute. Pour l’heure, en France, l’œuvre d’Albert Camus est disponible au format numérique.

Les 865 lettres,  sont rassemblées par Gallimard en un volume de 1300 pages. Correspondance – 1944-1959 (Gallimard), 1 300 p., 32,50 €.

Albert Camus à Maria Casarès, un épisode du podcast de Barbara G. Derivière, Correspondances, sur radio-chateaubriant.com, chaque semaine.

Musiques : Calisson et Uncertain Ground

Photos © Collection Catherine Camus

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